Les voies «impénétrables» du terrorisme

 

Le terrorisme, face cachée de la mondialisation économique? C’est la question explosive que pose le journaliste français Richard Labévière, dans un livre qui dit tout haut ce que nombre de dirigeants politiques voudraient enfouir très bas. Le rédacteur en chef du magazine en ligne prochetmoyen-orient.ch, auteur de nombreuses enquêtes, analyses et reportages effectués dans plusieurs pays, notamment du Proche et Moyen Orient, remonte aux origines de cette hydre à plusieurs têtes, informations inédites et exclusives à l’appui.

 

Luisa Ballin
7 janvier 2017

Qui finance le terrorisme? Quelles sont les relations entre les États et les pétromonarchies? Quid de l’industrie militaire et de la vente d’armes qui remplit caisses d’états et comptes de magnats, tout en favorisant l’emploi? Quel rôle jouent certains pays du Golfe?

«Aujourd’hui, l’Arabie saoudite demeure l’un des principaux financiers de l’islam radical, qui tue non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi et surtout dans le monde arabo-musulman.» L’auteur cite une note de synthèse de la DGSE française (Direction générale de la sécurité extérieure) mentionnant des chiffres édifiants, dont celui-ci: avec près de 33 000 personnes tuées en 2014 dans des attentats, le monde subit une hausse vertigineuse du nombre de personnes décimées par le terrorisme. Cette progression s’illustre notamment par la multiplication par neuf du nombre de victimes après le 11 septembre 2001.

Richard Labévière convoque histoire et sociologie pour expliquer les voies impénétrables du terrorisme. «Installé durablement au cœur même de nos logiques économiques, sociales et politiques, le terrorisme en constitue le conatus, l’énergie vitale et nécessaire. Inexorablement et organiquement, il accompagne les «progrès» de la mondialisation contemporaine. Il en fabrique le stade suprême, indépassable et tragique. Et, il faudra faire avec, affirme-t-il, en suivant l’enseignement de Spinoza: remonter aux causes.»

Nous sommes-nous totalement fourvoyés sur Dae’ch et le terrorisme contemporain en les considérant comme des accidents de l’histoire? «Les débats récurrents sur l’islam dévoyé c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Il faut rappeler l’origine des choses: comment, dès le milieu des années 1950, les services américains ont instrumentalisé l’islam radical, notamment le wahhabisme et l’idéologie des Frères musulmans, pour endiguer les différentes variantes du nationalisme arabe qui s’était allié à l’Union soviétique. Et comment l’apprenti sorcier enfantera un monstre...»

«Cette instrumentalisation a culminé durant la décennie 1979-1989, en Afghanistan, Ben Laden et ses affiliés ont bénéficié du soutien logistique des services américains et pakistanais ainsi que de la manne financière de l’Arabie saoudite et de ses satellites. Cette politique a perduré au-delà des attentats du 11 septembre 2001. De la fin de la guerre froide jusqu’au mal nommées révolutions arabes, Washington n’a cessé de considérer les Frères musulmans comme les alliés objectifs de ses choix économiques et stratégiques, sources de la ’mondialisation heureuse’», poursuit Richard Labévière. Qui n’épargne pas non plus la myopie des dirigeants politiques, la diplomatie «sunnite» de la France, les banques, les places off-shore et... la presse.

 

Paru dans l’édition de janvier 2017

 
Luisa Ballin