Pristina: comment casser les idées reçues sur une ville en moins de douze heures

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Mis en ligne le 12 mai 2014 à 06h34

[dropcap]J[/dropcap]e suis arrivée à Pristina le 5 mai par un vol direct depuis Genève, accompagnée d’Alberto Campi, photojournaliste de La Cité. Cette destination constituait la deuxième étape d’une recherche/reportage que nous sommes en train de mener sur les frontières et les migrations dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Un travail qui fait suite à celui que nous avions effectué en 2012 en Grèce.

Je prends la plume (c’est plus poétique de dire ainsi, en réalité je suis devant un ordinateur) en ce lundi 5 mai à 19h09, alors que mon avion est atterri le matin à 8h35. Pristina est la capitale du Kosovo, un pays dont l’indépendance proclamée unilatéralement le 17 février 2008 est encore contestée par la communauté internationale et par la Serbie, l’Etat duquel le Kosovo s’est séparé.

Ce pays et ses habitants sont souvent dans le collimateur de l’UDC. Rappelez-vous de l’affiche de ce parti xénophobe publiée en 2011: «Des Kosovars poignardent un Suisse! Stopper l’immigration massive!». Trois ans après, le 9 février 2014, le peuple souverain a décidé de suivre le mot d’ordre du parti et de dire oui à l’initiative contre «l’immigration de masse».

Je dois admettre que je ne savais pas trop bien quoi m’attendre de cette ville, capitale d’un pays dont la guerre s’est terminée il y a quinze ans et dont ces habitants sont très souvent pointés du doigt dans notre pays comme dans les autres pays européens.

«CELA FAISAIT LONGTEMPS QUE JE N’AVAIS PAS ÉTÉ SI BIEN ACCUEILLIE»

Alors que c’est évident qu’en douze heures de permanence dans une ville, on n’en sait pas grand chose de plus par rapport à quand on est parti, une chose est sure, cela faisait longtemps que je n’avais pas été si bien accueillie dans un lieu que je venais de découvrir. J’aimerais vous présenter ici quelques exemples, personnels et non représentatifs, mais suffisamment rares à vivre de nos jours pour qu’il vaille la peine de les souligner.

La journée a commencé avec un ciel couvert, mais heureusement sans pluie. Une pluie qui,  au vu de la couleur verte brillante des prés, était tombée en abondance dans les jours précédents. Nous arrivons en marchant sur une des collines qui surplombent la ville de Pristina dans la petite auberge que nous avions réservée la veille. Le Hostel Ideal n’est pas facile à trouver, car aucune enseigne n’est marquée sur le bâtiment au 38A, rue Norbert Jokl, là où notre calepin nous disait qu’on devait se rendre.

Le propriétaire nous accueille avec grand enthousiasme, nous sommes ses premiers clients, nous dit-il. Il veut même nous amener en voiture au centre ville, gratuitement, ajoute-t-il et le soir nous apporte un gâteau fait par sa femme: pour bien s’endormir, dit-il.

Mais en réalité, nous n’allons pas loin, car nous voulons visiter un monument qui se trouve juste à côté de l’auberge, le «monument aux martyrs nationaux». Alberto Campi, qui m’accompagne dans ce périple, est en train de faire également un travail sur les monuments anti-fascistes en ex-Yougoslavie. Alors qu’Alberto se concentre sur les images à prendre, je m’éloigne du monument.

Mémorial du martyre. Photo: Alberto Campi, 2014

Dans une maison de quatre étages pas encore terminée, une femme sort sur le balcon sans balustrade pour aérer son tapis. Elle me regarde et me demande, dans un anglais hésitant: «Do you want a coffee?» Je décline son offre (et je ne sais même pas pourquoi). J’attends Alberto, qui arrive quelques minutes après. Quand nous nous apprêtons à descendre vers le centre ville, j’entends une voix qui dit «Wait!»

C’est la même dame qui, descendue de son troisième étage, nous a préparé deux morceaux de gâteau qu’elle nous sert sur une petite assiette avec deux fourchettes. Nous restons donc devant son portail et dégustons un gâteau fait probablement de pain, lait et sirop. Nous la remercions, et continuons notre découverte de la ville, avec un petit goût doux dans la bouche. Première belle surprise de la journée. C’était 12h30.

Le gâteau et sa pâtissière. Photo: Alberto Campi, 2014.

Vers 17h nous rentrons à l’auberge, mais entre temps le soleil a fait son apparition et Alberto décide de retourner photographier le monument aux martyrs. Le terrain argileux qui entoure le monument est fatal pour nos chaussures qui deviennent très lourdes à cause de la quantité de boue qui se colle sous nos semelles. Nous décidons de laisser les chaussures devant la porte d’entrée de l’auberge, afin d’éviter de remplir de nos traces la maison du gentil propriétaire.

Nous montons les deux étages et nous voyons, en nous penchant depuis notre balcon, la mère du propriétaire assise à côté d’une fontaine en train de gratter la boue qui s’est incrustée sous nos chaussures. Deuxième belle surprise. C’était 18h30. On était arrivés en ville à peine dix heures avant.

Il suffit de peu de chose pour aller au-delà des préjugés. Réserver un billet d’avion vers une destination où jamais on aurait pensé aller…