Qualité des médias, Acte III

La troisième étude d’un institut zurichois est une nouvelle épine dans le pied des titres romands.

Fabio Lo Verso
Publié le 9 novembre 2012

Ils se sont donné pour but «de renforcer la prise de conscience à l’égard de la qualité des médias suisses», une question plutôt taboue dans la profession. Ils, ce sont les chercheurs de l’institut fög rattaché à l’Université de Zurich, dont les conclusions sont reçues, depuis 2010 — année de la publication du premier tome des «Annales de la qualité des médias (1)» —, avec méfiance, si ce n’est avec irritation. Notamment par les médias de Suisse romande, dont l’étude dresse un «portrait peu flatteur», analyse Bertrand Fischer dans La Liberté du 27 octobre dernier.

Le quotidien fribourgeois est, avec Vigousse, l’un des rares journaux romands à avoir rendu compte du dernier tome des Annales. C’est que «la presse romande en prend pour son grade», souligne l’hebdomadaire satirique. Car, selon les chercheurs zurichois, les médias francophones «s’essoufflent» et surtout, depuis 2010, «accusent la plus grande perte en matière journalistique».

Aussi bien La Liberté que Vigousse ou le journal que vous tenez entre les mains ne sont pas pris en considération par l’étude, qui a pour mandat d’analyser les médias «ayant une couverture d’au moins 0,5% de la population», explique le sociologue Kurt Imhof, directeur des Annales, «soit 46 médias en tout, entre presse, radio, TV et support numérique».

RENAISSANCE DE LA PRESSE IDÉOLOGIQUE

Dans leur troisième livraison, les chercheurs pointent du doigt une nouveauté, «la renaissance de la presse idéologique» marquée par la Basler Zeitung, la Weltwoche, et Il Mattino della Domenica. Selon eux, ces nouveaux champions du journalisme militant «se distinguent des journaux de parti ou proche des partis par le discrédit jeté sur des personnes et des groupes qui ne partagent pas leurs opinions».

Les chercheurs soulignent aussi la montée en puissance de la «presse à sensation», sous l’effet des journaux gratuits qui, avec les sites en ligne des grands journaux et les radio privées, «constituent le bas de gamme de la fourchette qualitative». Les médias publics et les titres supra-régionaux, tels que la NZZ, ou Le Temps, atteignent des «sommets qualitatifs». Une note positive: en 2011, les médias ont relayé des «nouvelles sérieuses» plus intensément qu’en 2010. La crise financière, le Printemps arabe ou les élections fédérales expliquent ce résultat.

Reste qu’«en 2011 encore plus qu’en 2010, le monde a été présenté au public comme une suite disparate d’événements isolés». Ce qui n’est pas synonyme d’une meilleure compréhension de l’évolution de la planète. Et les chercheurs d’esquisser une prémonition: «Sans une politique médiatique soutenue par la société civile, la baisse de qualité du journalisme ira s’accentuant dans les petites marchés médiatiques de la Suisse.»

La prochaine livraison des Annales sera vraisemblablement une réédition de l’actuelle.


1. Publié uniquement en allemand, «Qualität der Medien — Schweiz Suisse Svizzera» est financé par la Fondation Öffentlichkeit und Gesellschaft basée à Zurich. Élaboré par soixante chercheurs, ce troisième tome a coûté environ 480 000 francs. Il a été présenté au public, le 26 octobre dernier, lors d’une conférence de presse à Berne.

 

 

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