Associer les lecteurs

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[dropcap]C[/dropcap]oncevoir une presse pour les lecteurs, «c’est aussi leur reconnaître un droit de regard sur ses pratiques et son train de vie». Cette évidence claque dans les pages du Manifeste pour un journalisme utile, publié en janvier par la revue XXI. Mais la suite du texte ne dit rien sur la manière de s’y prendre. Comment faire jouer, dans les faits et non dans les déclamations, un rôle aux lecteurs, au-delà de leur achat en kiosque ou sur abonnement?

Ce journal tente l’aventure! Il ouvre un espace de consultation et de délibération, le «Forum 500», afin d’intégrer ses abonnés aux discussions stratégiques. Deux assemblées annuelles feront office de «maison commune», où ceux qui font ce journal et ceux qui le lisent réaliseront une expérience inédite: construire et consolider, ensemble, une «nouvelle presse».

Le «Forum 500», c’est oser l’inverse de ce qui se fait dans la presse aujourd’hui, où les lecteurs sont «sondés» ou, au mieux, incités à garnir les forums de discussion, en page ou online. La «nouvelle presse», c’est associer les lecteurs à sa vie, leur apport intellectuel comptant davantage que leur contribution financière.

Mais avant tout, la nouvelle presse, c’est demander aux lecteurs, et à eux seuls, le «droit de paraître», comme ce journal l’a fait avant de publier son premier numéro. Comme dans une bulle spéculative, le paysage de la presse a été artificiellement gonflé par le marché des annonces. Les journaux ont fleuri sous perfusion publicitaire.

A qui a profité la multiplication des titres? Si on rapportait le marché des journaux au seul goût de la lecture, au besoin des lecteurs de plonger dans les articles et les éditoriaux, seuls deux titres sur dix auraient trouvé un financement. Longtemps, la publicité a composé 80% du budget des journaux, 20% provenant des abonnements et des ventes au numéro.

La crise que traverse la presse nourrit par contraste le besoin de s’affranchir des dépendances qui l’ont rendue possible. L’absence de buts lucratifs ainsi que de capitaux et d’actionnaires, c’est le propre de la «nouvelle presse», tout comme l’absence de revenus publicitaires inscrits dans le budget.

Mais c’est aussi la volonté de réunir des figures professionnelles (universitaires, experts, créateurs, etc.) concernées par la pratique d’un journalisme de la connaissance et du savoir.

Pour nous qui la théorisons et la pratiquons depuis nos débuts, la «nouvelle presse» est un horizon, ce par quoi le journalisme de qualité pourra être préservé et exercé librement.

À condition toutefois qu’elle «fasse système», si elle veut trouver une solution durable à la faillite du modèle ancien. Le «Forum 500» est un pas dans cette direction. Rejoignez-le.

édito —, MédiasLo Verso Fabio