RENAISSANCE

Edwy Plenel vu par © Patrick Gilliéron Lopreno / 2014

Edwy Plenel vu par © Patrick Gilliéron Lopreno / 2014

Par Edwy Plenel
Directeur de
Mediapart

La Cité renaît. Et ce retour s’accompagne d’un partenariat avec Mediapart. Cette alliance franco-suisse, sans frontières à la vérité, est à la fois logique et inattendue. Logique parce que, depuis leur naissance (2008 pour Mediapart, 2010 pour La Cité), nos journaux partagent les mêmes valeurs politiques et professionnelles, liant indissolublement valeur du journalisme et valeur de la démocratie. Il suffit de croiser le Manifeste pour une nouvelle presse (2013, Paulette Editions) de Fabio Lo Verso et notre propre Combat pour une presse libre (2009, Galaade Editions) pour retrouver les mêmes chemins de liberté et d’indépendance, d’exigence et de hauteur.

En somme, cette idée partagée que, dans les temps de crise qu’il traverse, aussi bien économique qu’éditoriale, le journalisme ne se sauvera qu’à condition de se battre pour le meilleur de sa tradition: le souci de l’intérêt public, le refus des dépendances et des servitudes, la recherche de l’information qui éclaire et révèle, l’exigence de la vérité des faits, y compris des faits qui dérangent et bousculent.

Un journalisme qui, plutôt que de nous conforter dans nos opinions et, donc, nos aveuglements parfois, nous mette en mouvement, nous déplace et nous transforme, en nous obligeant à penser contre nous-mêmes. Reste cependant cette différence: La Cité est un journal imprimé quand Mediapart est un journal numérique. Or c’est justement ce contraste qui fait l’originalité de ce partenariat, sa signification et son ambition.

Nous refusons toute guerre de religion entre presse sur papier et presse en ligne. Partisans de la neutralité technologique, nous considérons que ce n’est pas le support qui fait la différence, mais la compréhension ou non des bouleversements sans retour induits par l’irruption de médias sans frontières, associant professionnels et amateurs, journalistes et lanceurs d’alerte, implication des lecteurs et responsabilité des rédactions.

La révolution numérique inaugure un nouvel âge de l’information qui sera celui de la relation et de la participation, des diffusions multiples et des conversations démultipliées, l’avènement en quelque sorte d’archipels médiatiques dont la diversité insulaire s’opposera aux uniformisations continentales. C’est une nouvelle jeunesse pour les métiers de l’information car, loin de leur avilissement marchand, ils y retrouvent leur légitimité originelle: être au service du public, de son droit de savoir sans l’exercice duquel il n’est pas de démocratie vivante et responsable.

S’il en fallait une seule preuve éclatante, la saga mondiale d’Edward Snowden et Glenn Greenwald récemment, de WikiLeaks et Julian Assange auparavant, la fournit, du numérique au papier, allers et retours. Sous les défis professionnels gît un enjeu politique universel: l’information comme émancipation. Le droit de savoir comme levier de libération des assujettissements aux pensées automatiques et hiérarchiques, pensées de système et système de pensée qui refusent l’inattendu et l’imprévu, bref la surprise de l’événement.

Contre les oligarchies de l’avoir et du pouvoir, faire vivre ce «n’importe qui» de la démocratie où tout un chacun, sans privilège de naissance, d’origine, de fortune ou de diplôme, est en droit de s’en mêler. Or la première condition d’exercice de ce droit est d’être informé: savoir tout ce qui est d’intérêt public, connaître ce qui est fait en notre nom, dévoiler les secrets que s’arrogent abusivement ceux qui confisquent la démocratie au profit de leurs intérêts privés.

Tel est notre chemin commun où l’espoir du futur s’invente dans le souci du présent.


Edwy Plenel
Directeur de Mediapart

édito —, MédiasEdwy Plenel