«Il faut reconnaître l’État de Palestine, parce que tous les êtres humains ont le droit d’avoir leur propre patrie»

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Publié le 2 novembre 2015


Par Luisa Ballin

Daniel Barenboïm est un chef d’orchestre mondialement connu, un homme engagé et un citoyen indépendant aux quatre passeports qui ne veut pas être récupéré. Le maestro argentin et israélien, qui possède également les nationalités espagnole et palestinienne, était à Genève, samedi 31 octobre, pour diriger l’orchestre West-Eastern Divan qu’il a fondé en 1999 avec l’écrivain d’origine palestinienne Edward Saïd (décédé en 2003). Un ensemble qui permet à de jeunes musiciens israéliens, palestiniens, arabes israéliens, syriens, libanais, égyptiens et autres virtuoses de jouer et de vivre ensemble le temps de tournées à travers le monde.

Avant d’enchanter le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-noon, ainsi que les diplomates et quelques autres invités triés sur le volet comme Leila Shahid, l’ancienne ambassadrice de la Palestine auprès l’Union européenne, ainsi que l’ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, dans la salle XX des droits de l’Homme au Palais des Nations, magnifiée par la coupole azur créée par l’artiste espagnol Miquel Barceló, Daniel Barenboim s’est entretenu avec une poignée de journalistes, aux côtés notamment du directeur général de l’ONUG Michael Møller et de Miguel Ángel Moratinos, le président de la Fundación ONUART.

Ce concert qui a fait la part belle à trois symphonies de Wolfgang Amadeus Mozart, retransmis dans le monde entier grâce à la télévision, a pour vocation de devenir un rendez-vous musical annuel et contribuer ainsi à la compréhension entre les civilisations et le respect des Droits de l’Homme.

Vœux pieux d’artiste loin des réalités du monde? Daniel Barenboim a démontré au contraire qu’il parvient à faire jouer ensemble et au niveau de l’excellence, de jeunes musiciens dont les pays sont en conflit ou en tension, grâce au langage universel de la musique. Il n’a d’ailleurs pas manqué de dire que le moment est venu pour l'ONU et les puissances influentes d’exercer une pression pour régler le conflit du Moyen-Orient.

Lorsque La Cité lui a demandé s’il était temps que tous les États membre des Nations Unies reconnaissent la Palestine, le maestro argentin-israélien a répondu que «cela aurait dû être fait depuis longtemps! Il faut reconnaître l’État de Palestine parce que tous les êtres humains ont le droit d’avoir leur propre patrie. Plus on retardera cette reconnaissance et plus cela sera difficile d’y parvenir. C’est un droit naturel, ce n’est pas un privilège. Je suis espagnol, argentin, israélien et palestinien. Pour moi, il y aura toujours un pays».

De l’aveu même de son co-fondateur, le West-Eastern Divan est devenu la chose la plus importante de sa vie. «Si je peux le dire d’une façon immodeste, l’orchestre est devenu une sorte de mythe à travers le monde. Le mythe d’une coexistence, d’un dialogue. Qui ne s’est malheureusement pas étendu au Moyen-Orient. J’ai l’impression que les Israéliens et les Palestiniens ont perdu le sentiment de la nécessité de résoudre le conflit. Que le status quo n’est pas seulement une affirmation d’un pouvoir et d’une force mais qu’il est mieux...»

Que la paix et ce qui doit être abandonné pour y parvenir? «C’est une illusion et c’est extrêmement dangereux. Je pense que la majorité des Israéliens et la majorité des Palestiniens se divisent entre ceux qui ont une grande admiration pour ce que nous faisons et nous soutiennent et ceux qui trouvent que ce que nous faisons est intolérable. Tant en Israël qu’en Palestine.»

Entre éloges et critiques, Daniel Barenboim et les jeunes musiciens du West-Eastern Divan continuent de jouer pour la paix. N’en déplaise aux fauteurs de guerre. La Fondation Barenboim-Said soutien d’ailleurs une école en Palestine qui initie une centaine d’enfants à l’apprentissage de la musique.