Les priorités de Filippo Grandi, nouveau patron du HCR

FILIPPO_GRANDI_1330.jpg

Publié le 7 janvier 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Quatre jours après avoir pris ses fonctions au poste de Haut-Commissaire pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi a rencontré, le 7 janvier, la presse internationale accréditée au Palais des Nations Unies à Genève. Le diplomate italien a marqué son intervention par un style nouveau, plus direct et plus loquace. Mais les défis de l’agence des Nations Unies chargée des réfugiés restent les mêmes: réunir à tout prix près de sept milliards de dollars nécessaires (à ce jour, un peu plus de la moitié de la somme a été trouvée) pour subvenir aux besoins de plus de 60 millions de déplacés dans le monde.

Tout comme son prédécesseur, Antonio Guterres, qui occupait cette fonction depuis 2005, le nouveau chef du HCR a exprimé sa volonté ferme d’obliger l’Europe à faire face à ses responsabilités. «L’Europe n’a pas su organiser une réponse cohérente, bien coordonnée à l’arrivée massive de réfugiés. C’est la raison pour laquelle nous voyons les États réagir individuellement… Il faut une réponse univoque!» Il a rappelé que l’Union européenne (UE) dispose des instruments nécessaires, que des propositions ont été faites et qu’il faut passer à la mise en œuvre… «Une unité doit être trouvée pour que les problèmes individuels soient éliminés», a-t-il déclaré.

En réponse à certains responsables politiques européens, et en particulier au premier ministre danois qui préconise une révision de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, le Haut-Commissaire a été clair: «La Convention est un bon document même s’il est ancien. Nous pensons que remettre en discussion la Convention signifie remettre en discussion des principes fondamentaux sur lesquels on ne peut pas faire de compromis.»

«LE SACRO-SAINT PRINCIPE DU DROIT D’ASILE DOIT ÊTRE PRÉSERVÉ»

Filippo Grandi a rappelé que la priorité du HCR reste la préservation et la promotion des principes fondamentaux qui gèrent l’accueil des réfugiés et notamment le droit d’asile. «Le monde a changé, le phénomène des réfugiés a changé, le HCR a changé», a déclaré l’Italien, qui a commencé sa carrière au HCR dans les années 1990, avant de diriger l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA). «Mais, ce sacro-saint principe doit être préservé», a-t-il dit, en soulignant l’importance des aspects de sécurité et de dignité pour les réfugiés. Soulager les pays limitrophes de la Syrie (Jordanie, Liban, Turquie) qui portent, seuls, «le poids majeur des réfugiés» (ils hébergent plus de 4 millions de personnes) fait partie aussi partie des priorités évoquées. Le diplomate italien a mis l’accent sur le rôle joué par le Liban, qui, avec plus d’un million et demi de réfugiés syriens sur 4 millions d’habitants, force l’admiration. Pour marquer son soutien à ces pays, la première mission de terrain du chef du HCR s’effectuera dans la région ces toutes prochaines semaines.

Pour permettre une répartition équitable de la charge à la fois financière, humaine et sociale, Filippo Grandi a annoncé la tenue de plusieurs conférences internationales dans le courant de 2016. «Malgré le fait qu’on soit en mode d’urgence, il ne faut pas oublier que la deuxième partie du mandat du HCR est la recherche de solutions pour résoudre le problème des réfugiés.» Il faut envisager des solutions pour les exils qui se prolongent, a-t-il insisté.

D’ici l’automne prochain, l’agenda s’annonce chargé. Le 4 février se tiendra à Londres une réunion axée sur la recherche de moyens financiers pour résoudre la crise syrienne. Le 30 mars, sous la présidence du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s’ouvrira à Genève une conférence ministérielle au cours de laquelle les représentants de la Communauté internationale exploreront des nouvelles voies pour trouver des solutions innovantes, des voies légales de sortie des pays d’asile.

Enfin, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre, à New York, se tiendra le Sommet sur la réponse aux mouvements des réfugiés et des migrants qui étudiera une répartition plus équitable du poids financier, humain et social de ce phénomène.