Les convois humanitaires ouvrent l’année diplomatique sur la Syrie

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Publié le 13 janvier 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Deux semaines avant la reprise des discussions de paix sur la Syrie, au Palais des Nations à Genève, les autorités gouvernementales et les diverses parties en présence sur le terrain ont autorisé des convois humanitaires à livrer de la nourriture et du matériel dans quatre villes syriennes assiégées depuis plusieurs mois. Quatre millions et demi de personnes vivent dans des zones difficiles d’accès, 500 000 étant prisonnières de villes assiégées, selon le CICR. Cinq ans après le début du conflit, on constate que la famine est plus que jamais utilisée comme arme de guerre indifféremment par tous les acteurs du conflit.

Depuis plusieurs mois, les Nations Unies négocient avec le gouvernement syrien et les différents groupes qui contrôlent le territoire pour obtenir l’autorisation d’accès vers quatre villes syriennes assiégées. Situées près de Damas, Madaya et Zabadani sont isolées depuis le mois de juillet 2015 par les forces loyalistes. Kafraya et Foua se trouvent près d’Idlib, non loin de la frontière turque. Elles sont cernées depuis deux ans par le front Al-Nostra, ensemble de groupes syriens affiliés à Al-Qaïda.

Le feu vert a été reçu le 7 janvier, et c’est dans la journée de lundi 11 janvier que les premiers convois ont pu se mettre en route pour apporter vivres et médicaments aux populations civiles. Un convoi du Croissant-Rouge a pu pénétrer dans la ville de Madaya. Avec le soutien des Nations Unies, du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant-Rouge Arabe Syrien (SARC), l’aide humanitaire sera acheminée en trois phases.

«SITUATION TRAGIQUE»

Ainsi, le premier convoi s’est rendu à une quarantaine de kilomètres de Damas, à Madaya, où 40 000 personnes, dont 20 000 enfants, survivent péniblement depuis la mi-octobre, période à laquelle ils ont reçu de l’assistance. Christophe Bouliérac, porte-parole de l’UNICEF à Genève, décrit une situation tragique: «Les enfants sont nourris avec des soupes préparées à partir des feuilles des arbres. Ils ont une apparence émaciée et semblent extrêmement affectés par la malnutrition d’après la représentante de l’UNICEF basée à Damas, qui était dans le convoi.»

Simultanément, dans le nord-ouest du pays, une trentaine de camions ont pu livrer de l’aide aux 20 000 habitants de Kafraya et Foua. Peu d’informations sur l’état de ces populations ont filtré pour le moment, car l’insécurité règne dans la zone contrôlée par plusieurs groupes rebelles. La ville de Zabadani, frontalière du Liban, devrait à son tour profiter de l’aide humanitaire lors du prochain convoi humanitaire programmé d’ici la fin de la semaine.

Après s’être entretenu avec Yacoub El Hillo, coordonnateur humanitaire pour la Syrie, présent dans le convoi acheminant de l’aide à Madaya, le chef du bureau de coordination humanitaire (OCHA), Stephen O’Brien, a présenté le tableau de la crise aux membres du Conseil de sécurité, réunis d’urgence. Il a mis en avant les estimations des humanitaires relatives aux 350 à 400 personnes nécessitant une évacuation immédiate pour des raisons médicales, leur vie étant en péril.

DÉBUT DES ÉVACUATIONS À MADAYA

Contactée par téléphone, la représentante de l’OMS à Damas, Elizabeth Hoff, qui a aussi accompagné les cinquantaine de camions humanitaires à Madaya, a déclaré que quatre personnes ont pu être évacuées. Des négociations sont en cours pour obtenir l’autorisation de départ d’autres personnes ainsi que l’acheminement de cliniques mobiles et de personnel médical dans une ville, Madaya, qui ne compte que trois docteurs.

Le porte-parole du Bureau de coordination humanitaire (OCHA) à Genève, Jens Laerke, a souligné que «l’utilisation du siège, le principe d’affamer les gens sont devenus des routines systématiques sans aucun intérêt pour la vie des civils». En mars 2014, la Commission d’enquête des droits de l’Homme sur la Syrie a indiqué dans un rapport que toutes les parties, tant le gouvernement de Damas que les groupes armés, utilisent «le siège comme méthode de guerre et instrumentalise les besoins élémentaires en eau, nourriture, abris et soins médicaux dans le cadre de sa stratégie militaire», ce qui est totalement contraire au droit international humanitaire et peut constituer un crime de guerre.

En attendant la reprise des discussions de paix, le 25 janvier, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, rencontrera, aujourd’hui 13 janvier à Genève, les ambassadeurs des pays des cinq États membres permanents du Conseil de sécurité: Chine, France, Royaume-Uni, Russie et États-Unis. Une réunion tripartite entre l’ONU, les États-Unis et la Russie aura également lieu dans la journée.