«Nous avons décidé de parler du sort des prisonniers en Syrie»

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Publié le 8 février 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

La Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie, présidée par le Brésilien Paulo Sérgio Pinheiro, a présenté aujourd’hui à la presse, au Palais des Nations, son quatrième rapport thématique. Ce document se concentre sur les personnes décédées en détention en République Arabe Syrienne durant la période allant du 10 mars 2011 au 30 novembre 2015.

Ce sont 621 interviews et divers documents qui ont permis aux membres de la Commission de fournir des informations sur l’assassinat de milliers de prisonniers par les différentes parties en présence dans le conflit. La Commission détaille la manière arbitraire par laquelle les civils syriens sont arrêtés, détenus, pris en otage ou kidnappés depuis le début du conflit, il y a cinq ans.

Le rapport décrit notamment la façon dont des milliers de prisonniers, détenus par le gouvernement syrien, ont été battus à mort, ou sont décédés à la suite de blessures infligées durant la torture. D’après la Commission, «les autorités gouvernementales maintiennent sciemment des mauvaises conditions de détentions et sont conscientes qu’elles entrainent des décès en masse. Ces actions d’extermination constituent des crimes contre l’humanité».

MALTRAITANCE, TORTURE, PROCÈS TRONQUÉS ET EXÉCUTIONS SOMMAIRES

Le document souligne également que les groupes armés et terroristes anti-gouvernementaux ont, eux aussi, détenu des prisonniers dans des conditions violentes. Maltraitance, torture, procès tronqués et exécutions sommaires ont été constatés. La Commission d’enquête écrit que «le groupe terroriste, Jabhat Al Nustra, et certaines forces armées anti-gouvernementales ont commis des crimes de guerre (meurtres, traitements cruels et torture)».

Les territoires syriens contrôlés par l’État islamique sont aussi concernés. Dans ces régions, «les prisonniers sont également soumis à de graves abus telles que tortures et exécutions». La Commission affirme que l’État islamique a commis des crimes contre l’humanité (meurtres, torture et crimes de guerre). Dans ses recommandations, elle appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter des sanctions contre des personnes, des agences et des groupes suspectés d’être responsables, ou complices, de la mort en détention, de torture et de disparition forcée.

La Commission d’enquête sur la Syrie présentera son prochain rapport le 22 février devant l’assemblée générale des Nations Unies, à New York, et durant la 31ème Session du Conseil des droits de l’Homme à Genève, du 29 février au 24 mars 2016.

Paulo Pinheiro, président de la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie, répond à nos questions dans une interview audio:

Paulo Pinheiro vu par © Jean-Marc Ferré / UN Photo / Palais des Nations / Genève, 8 février 2016

Paulo Pinheiro vu par © Jean-Marc Ferré / UN Photo / Palais des Nations / Genève, 8 février 2016


La Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie a été créée en août 2011 par le Conseil des droits de l’Homme. Elle a pour mandat d’enquêter et d’enregistrer toutes les violations des droits de l’Homme et les allégations de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. La Commission a également pour mission d’identifier, si possible, les responsables des violations afin de s’assurer qu’ils soient reconnus responsables de leurs actes. Elle est composée de quatre membres: le président Paulo Sergio Pinheiro (Brésil), Karen Koning AbuZayd (États-Unis), Carla del Ponte (Suisse) et Vitit Muntarbhorn (Thaïlande).


Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef