«Les droits humains ne sont pas une case à cocher dans le but de relever la réputation internationale d’un pays»

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. © Alberto Campi

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. © Alberto Campi

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a présenté, jeudi 10 mars, son rapport d’activité annuel, en soulevant des points sensibles.

Publié le 10 mars 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga


Zeid Ra'ad Al Hussein n'en démord pas. Il a une nouvelle fois dit tout le mal qu'il pense de la pratique du «paravent», consistant à ratifier les conventions et les traités, à accepter les recommandations mais à ne pas les appliquer. Comme il l’avait souligné lors de son discours d’ouverture de la XXXIe session du Conseil des droits de l’Homme, le 29 février dernier, «les obligations relatives aux droits humains ne devraient pas être une case à cocher dans le but de relever la réputation internationale d’un pays». 

Zeid Ra'ad Al Hussein a également évoqué un autre point sensible: la crise des réfugiés et les interrogations que suscite le projet d'accord entre l'Union européenne et la Turquie (lire notre article), notamment les expulsions collectives et arbitraires de réfugiés que cet accord laisse entrevoir. Le cahier de doléances du Haut-Commissaire était visiblement étoffé à l'occasion de son rapport annuel: il a aussi qualifié de «lamentables» les restrictions et autres mesures imposées par plusieurs pays européens dans le contexte actuel.

Dans la foulée, une longue et anxiogène liste de situations «préoccupantes du point de vue des droits humains» a été énumérée: conflits en Syrie, en Irak, en Libye ou au Yémen; exactions de Daech et de Boko Haram; réduction de l’espace démocratique en République démocratique du Congo et en Malaisie; atteintes à la liberté d'expression en Turquie et en Pologne; sort des défenseurs des droits humains en Biélorussie, en Chine ou à Bahreïn; peine de mort, entre autres. 

Seule note positive de ce bilan, des progrès ont été constatés dans plusieurs pays. Zeid Ra'ad Al Hussein a cité les améliorations démocratiques en République centrafricaine et au Burkina Faso, avec la tenue d’élections présidentielles pacifiques et transparentes; un vrai espoir de paix en Colombie; les gestes symboliques au Sri Lanka en faveur de la réconciliation; ou encore le nouvel esprit avec lequel le Canada aborde des questions difficiles, comme la violence faite aux femmes et aux filles autochtones. 

Lorsqu’il a abordé les questions thématiques, le Haut-Commissaire s'est aussi déclaré «préoccupé» par la persistance des phénomènes racistes, en particulier à l'encontre des personnes d’ascendance africaine— rien qu'aux États-Unis, quelque 300 Afro-Américains ont été tués par les forces de police en 2015 —, par les violences sexuelles ainsi que par les discriminations contre les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI). 

Le chef des droits de l’Homme n’a pas hésité à aborder aussi le sujet délicat des abus sexuels commis par les soldats de la paix en République centrafricaine. Il a rappelé que les Nations Unies ne sont pas une entité souveraine et qu’elles ne peuvent pas exercer une juridiction criminelle. Ce sont les États membres qui doivent assumer cette responsabilité.

En conclusion, il a mis l'accent sur le peu de ressources dont dispose le Haut-Commissariat, son budget prévisionnel 2016 s’élevant à 130 millions de dollars, alors que les montants nécessaires pour répondre aux besoins de base sont estimés à 217 millions de dollars. Sans l'apport de ces moyens financiers, il est facile de parier que le prochain rapport du Haut-Commissaire sera vraisemblablement la réédition de celui-ci.


Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef