Réfugiés syriens: les appels de l’ONU se heurtent à la frilosité et à la lenteur des États

Ban Ki-moon, secretaire général de l’ONU. À droite: Filippo Grandi, Haut-Commissaire aux réfugiés. © Jean-Marc Ferré / ONU Photo / 30 mars 2016

Ban Ki-moon, secretaire général de l’ONU. À droite: Filippo Grandi, Haut-Commissaire aux réfugiés. © Jean-Marc Ferré / ONU Photo / 30 mars 2016

Publié le 30 mars 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Le décalage est saisissant. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a tenu à ouvrir personnellement, le 30 mars, la Conférence ministérielle sur la Syrie à Genève, mais peu de représentants politiques ont effectué le déplacement. La centaine de délégations présentes étaient majoritairement présidées par les chefs des missions diplomatiques accréditées auprès des Nations Unies à Genève.

Lors de cette réunion organisée Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), Ban Ki-moon a rappelé l’importance «d’une hausse exponentielle de la solidarité mondiale» afin de trouver des pays d’accueil, au cours des trois prochaines années, pour au moins 480 000 réfugiés syriens, soit 10% de ceux ayant trouvé refuge au Liban, Turquie, Irak et Jordanie.

2016 est l’année diplomatique sur la Syrie (lire notre article publié le 13 janvier). La réunion genevoise fait suite à la conférence qui s’est tenue à Londres en février dernier. Et la question des réfugiés sera à la une du Sommet sur les réfugiés prévu en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre, à New York.

À Genève, durant cette longue journée d’interventions, peu de nouveaux engagements clairs ont été pris. De rares prises de positions timides ont permis de relever le nombre de réfugiés, de 170 000 à 185 000, bénéficiant d’un accueil dans un pays tiers. Le flou artistique qui domine sur la mise en œuvre de l’accord signé le 18 mars entre l’Union européenne et la Turquie a permis aux plus frileux de ne pas s’engager. D’après un rapport publié le 29 mars par l’ONG britannique Oxfam International, les pays riches n’ont jusqu’ici accueilli que 67100 réfugiés syriens, soit 1,39% du total des personnes ayant trouvé refuge dans les pays voisins.

Un haut fonctionnaire a concédé que le désordre le plus total règne sur le terrain. Pour le moment, a-t-il confié, la seule solution consiste à «accueillir» les réfugiés dans des «lieux de réception»... d’où ils ne peuvent sortir. Là, ils bénéficient «au moins» d’une assistance humanitaire et ne sont pas livrés à eux-mêmes ou dans les mains de passeurs...

PRÉCARISATION DÉNONCÉE PAR LA BANQUE MONDIALE

Au regard de toutes ses lenteurs et de la volonté évidente de ne pas mettre en place des solutions à long terme, de nombreux pays misent sur le maintien du cessez-le-feu en place depuis le 27 février en Syrie. Comme l’a déclaré le ministre libanais des Affaires sociales, Rachid Derbas, «la prochaine étape sera l’établissement de zones sûres pour que les Syriens puissent commencer à rentrer chez eux».

Alors que le conflit entre dans sa sixième année, plus de 11 millions de Syriens ont été obligés de quitter leur domicile, soit la moitié de la population. Près de 6,5 millions sont des déplacés internes, 4,8 millions se sont réfugiés dans les pays limitrophes, Liban, Turquie, Irak, Jordanie. Depuis le début de la guerre, ces pays assument, sans beaucoup d’aide, l’accueil de millions de personnes traumatisées et démunies.

Au fil des mois, les conditions ce ces réfugiés se sont dégradées; une étude de la Banque mondiale constate que dix pour cent d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté. Plus de 50% des enfants ne sont pas scolarisés. Si l’opportunité se présente, ils travaillent dans le secteur informel.

Pour sa part, le Haut-Commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi a insisté sur l’insuffisance de l’assistance qui, jusqu’à ce jour, a été fournie aux Syriens en détresse. Au vu de la lente évolution des discussions de paix, un grand nombre de réfugiés ont préféré entreprendre un long périple pour rejoindre l’Europe plutôt qu’espérer rentrer rapidement chez eux. «Les pays membres n’ont pas fait preuve de la solidarité escomptée pour partager cette responsabilité» et «avec la fermeture des frontières, près de 50 000 réfugiés et migrants sont actuellement bloqués en Grèce, vivant dans des conditions désastreuses», s’est plaint le chef du HCR.

Filippo Grandi a également exprimé son inquiétude face à la lenteur des engagements financiers pris en février à Londres, lors de la Conférence Internationale de soutien à la Syrie. En effet, les promesses se sont élevées à 12 milliards de dollars, mais seul 50% du montant a été versé.


CATH_180_270.jpg

Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef