Les femmes progressent dans les parlements mais, à ce rythme, l’objectif de la parité en 2030 ne sera pas atteint

© Pierre-Michel Virot

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L’Union interparlementaire (UIP) a publié hier son dernier rapport sur le femmes parlementaires.

Mis en ligne le 8 mars 2016

Intitulée Les femmes dans les parlements: Regard sur 2015, l’étude de l’UIP fait état d'une augmentation très lente du nombre de femmes parlementaires dans le monde. En 2015, la hausse se situe à 0,5% pour la deuxième année consécutive. Au cours des dix dernières années, ce pourcentage a augmenté de 6,4%. Malgré la faible évolution en 2014 et 2015, une moyenne de 22,6% de femmes parlementaire a été enregistrée en 2015, ce qui représente une première.

Le nombre de présidentes de parlement a, lui, connu une nette progression. En 2015, il est passé de 43 à 49 (sur 273). Au total, dans le monde, 17,9% des présidents de parlement sont des femmes. Un niveau sans précédent. Selon l’UIP, les présidents de parlement comptent parmi les personnalités politiques les plus influentes sur le plan national. Les femmes qui occupent un tel poste ne sont donc pas seulement des modèles et des exemples à suivre pour les autres femmes parlementaires, elles jouent un rôle décisif dans le changement des mentalités.

En 2015, des élections législatives ont eu lieu dans 58 pays. Certaines régions ont réalisé des progrès spectaculaires. Les parlements de la Namibie et du Népal ont élu pour la première fois une femme à leur tête. Il en va de même dans les Émirats Arabes Unis, où la première présidente du Conseil national de la fédération est aussi la première femme à présider un parlement dans le monde arabe.

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Les Amériques enregistrent la plus forte progression (+0,8%), affichant comme toujours la meilleure moyenne régionale. Cette progression est due à l’existence de mécanismes tels que les quotas, ouvrant la voie à une plus forte participation de femmes en politique. Un plus grand nombre de candidatures féminines ou leur placement à un rang plus élevé sur la liste électorale, ainsi que la mise en œuvre de lois en matière d’égalité des sexes, ont permis d’augmenter la moyenne du continent américain de 0,8%. Aujourd’hui, les femmes comptent pour 27,2% des parlementaires de la région.

L’Afrique sub-saharienne en hausse. Dans cette région où la violence et les conflits ont marqué les élections dans plusieurs pays, le nombre de femmes parlementaires a néanmoins enregistré une hausse de 0,7%. La moyenne régionale des femmes parlementaires est de 23,2%, mais l’Éthiopie (38,8%) et la Tanzanie (36,6%) ont affiché la plus forte augmentation, principalement grâce à la mise en place de quotas.

Petite hausse en Europe. Les quotas volontaires adoptés par les partis politiques au Royaume-Uni ou la mise en œuvre d’une loi sur l’égalité en Espagne ont permis d’atteindre les objectifs nationaux dans ces deux pays, qui se sont traduits par le nombre le plus élevé jamais atteint de femmes élues au parlement. Dans l’ensemble, la moyenne régionale européenne a augmenté de 0,4%, pour atteindre un taux de représentation de 25,4% de femmes au parlement.

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Monde arabe: l'année des premières fois. Le monde arabe continue à progresser sur le plan de la participation des femmes dans la vie politique. Pour la première fois, une femme a été élue présidente au parlement des Émirats arabes unis. En Arabie Saoudite, les femmes ont voté pour la première fois au niveau local. En Égypte, la mise en œuvre d’une nouvelle loi sur le renforcement de la participation des femmes à la vie politique dans le pays, à la rédaction de laquelle l’UIP a contribué par ses conseils, a permis de passer à une représentation de 15% alors qu’elle se situait à peine à 1,2%. Au Soudan, une loi électorale nationale a suscité une hausse de 5% de la participation féminine, portant à 30,5% le taux de femmes au parlement. La moyenne du monde arabe a augmenté de 0,3%. Désormais, 17,5% des parlementaires de la région sont des femmes.
 
Asie-Pacifique: situation stable. La progression affichée est seulement de 0,1% du nombre de femmes parlementaires. Au cours des dernières années, c’est la région qui a connu la progression la plus faible.

Les cinq pays en tête du classement, c’est-à-dire où l’augmentation du nombre de femmes parlementaires a été la plus importante, sont le Suriname, l’Égypte, l’Éthiopie, le Myanmar et le Royaume-Uni, qui ont marqué des hausses entre 15,7 et 7,4%.

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Les reculs les plus importants. En Andorre, Croatie et au Burkina Faso, le pourcentage de femmes parlementaires affiche une baisse respectivement de 14,3, 8,6 et 6,3%. L’absence de quotas était la cause principale de la chute enregistrée à Andorre. Une baisse notable est aussi à constater dans les cinq parlements des pays nordiques (-0,4%) qui plafonnent à 41,5%, un effet dû notamment à deux élections, en Finlande et au Danemark, où les partis qui ont gagné sont un peu plus conservateurs et moins ouverts à la participation des femmes.

Au niveau mondial, le nombre de parlements ne comptant que des hommes est passé de cinq à sept. Il s'agit de certaines îles du Pacifique et du Qatar.

Écoutez Kareen Jabre, directrice des programmes de l’UIP, sur l'efficacité des quotas:

Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef


Découvrez la cartographie des femmes dans les parlements et des femmes au pouvoir
par Philippe Rekacewicz, co-fondateur de VisionsCarto