Neuf enfants migrants sur dix voyagent seuls

© UNICEF

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Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance constate avec inquiétude que sur dix enfants réfugiés et migrants qui accostent en Italie en provenance d’Afrique du Nord, neuf d’entre eux ne sont pas accompagnés. L’UNICEF avertit que ces mineurs sont confrontés à des menaces croissantes d’exploitation et à de multiples risques de perdre leur vie au cours de leur fuite pour échapper à la guerre et à la pauvreté.

Publié le 14 juin 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Dans un rapport intitulé « Des dangers à chaque pas », l’UNICEF relève que 7.009 enfants non accompagnés ont effectué la traversée d’Afrique du Nord vers l’Italie au cours des cinq premiers mois de cette année. Ce qui représente un nombre deux fois supérieur à celui de 2015 au cours de la même période.

Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), du 1er janvier au 5 juin 2016, un total 2.809 décès a été enregistré en Méditerranée. Pour l’ensemble de l’année passée, 3.770 personnes mortes étaient recensées. La grande majorité de ces décès se sont produits en Méditerranée centrale, c’est-à-dire sur la route empruntée par les migrants pour se rendre d’Afrique du Nord en Italie. Un grand nombre des victimes étaient des enfants non accompagnés car, entre le 1er janvier et le 31 mai 2016, plus de 92 % des 7.567 enfants qui ont effectué la traversée étaient seuls.

L’UNICEF pense que les nombres articulés par l’OIM ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. De plus, avec l’arrivée de l’été, période durant laquelle la Méditerranée est la plus calme, l’organisation craint que les derniers chiffres publiés augmentent avec l’accroissement des tentatives pour atteindre le continent européen. Actuellement 235.000 migrants sont présents en Lybie et environ 965.000 dans les pays du Sahel. Un grand nombre d’entre eux, dont des milliers d’enfants, espèrent faire le voyage durant les mois à venir.

Les enfants qui migrent seuls, payent les passeurs au fur et à mesure de leur progression vers la côte. Ils s’arrêtent quelques temps (semaines, mois) pour travailler dans les régions situées sur le chemin de  la migration afin de gagner de quoi payer leur passage. D’après le rapport, ces migrants sont ceux qui ont le plus de risque à se retrouver bloqués quelque part et victimes de mauvais traitements. La Libye constitue souvent la dernière halte africaine avant l’embarquement pour l’Europe. Selon divers témoignages, c’est dans ce pays que la majorité des mineurs sont particulièrement exploités. Qu’ils soient contraints à travailler dans des fermes ou dans des réseaux de prostitution, les enfants sont souvent exposés à la violence.  

Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance souligne que chaque enfants a besoin de protection et doit bénéficier de l’intégralité des droits qui lui sont garantis par la Convention relative aux droits de l’enfant. Il rappelle que « tous les pays – ceux qu’ils quittent, ceux qu’ils traversent et ceux où ils demandent le droit d’asile – ont le devoir de les protéger ». Il insiste sur le fait qu’au sein de l’Union européenne, « des réformes des politiques et des législations en vigueur devraient viser à offrir la possibilité d’utiliser des voies d’accès sûres, légales et régulières aux réfugiés et aux migrants, à renforcer les garanties légales pour les enfants et à améliorer les procédures permettant de réunir les enfants avec les membres de leur famille ».

À travers le monde, presque un enfant sur dix vit dans un pays ou une région où sévit un conflit armé, et plus de 400 millions d’entre eux vivent dans une pauvreté extrême. Selon l’UNICEF, « si ces causes fondamentales de migration ne sont pas traitées et mises au rang de priorité mondiale, il en résultera des déplacements sans fin d’enfants à la recherche d’une vie meilleure ».