Enfants et conflits armés

© UN Photo / Eskinder Debebe / Février 2016

© UN Photo / Eskinder Debebe / Février 2016

Le secrétaire général de l’ONU a présenté aujourd'hui son rapport annuel sur l’impact des conflits armés sur les enfants. Il constate que les violations à l’encontre des enfants ont été particulièrement graves durant cette année en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Soudan du Sud, en Syrie et au Yémen. Petite note d’espoir dans un document assez pessimiste.

Publié le 2 juin 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Le rapport de l’ONU, qui couvre 2015, a mis en évidence que la protection des enfants touchés par les conflits armés est demeurée très problématique tout au long de cette année. Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a déclaré que les enfants ont lourdement fait les frais de « l’échec collectif à prévenir et régler les conflits ». Les violations graves dont ils sont victimes ont gagné en intensité dans un certain nombre de pays surtout, lorsque le conflit se prolonge.

Bilan
En Syrie, le conflit qui dure depuis cinq ans a déjà fait plus de 250.000 morts, dont des milliers d’enfants. En Afghanistan, l’année 2015 a connu le plus grand nombre de victimes jamais enregistré parmi les enfants depuis que l’ONU a commencé à comptabiliser systématiquement les pertes civiles en 2009. En Somalie, la situation est restée périlleuse, avec une augmentation de 50 % du nombre recensé de violations commises à l’encontre d’enfants par rapport à 2014, soit plusieurs centaines de cas d’enfants recrutés, utilisés, tués ou mutilés. Au Soudan du Sud, il est éminemment préoccupant que des enfants aient subi l’ensemble des six violations graves, notamment lors d’offensives militaires brutales contre les forces d’opposition. Au Yémen, le conflit a connu un embrasement particulièrement inquiétant.

Augmentation du recrutement des enfants
L’ONU a établi que le nombre d’enfants recrutés en 2015 avait quintuplé par rapport à l’année précédente. À cela s’ajoute une multiplication par six du nombre d’enfants tués ou mutilés au cours de la même période. Ces tendances alarmantes se sont poursuivies au début de 2016.

Attaques des écoles et hôpitaux
Les attaques contre des écoles et des hôpitaux ont été très fréquentes en 2015, notamment du fait de l’utilisation croissante de frappes aériennes et d’armes explosives dans des zones peuplées. Les groupes armés ont particulièrement cherché à restreindre l’accès des filles à l’éducation, et quant aux forces gouvernementales elles ont également attaqué des écoles et des hôpitaux. D’après le chef de l’ONU, les États devraient envisager de modifier leurs procédures militaires afin de protéger de telles installations.  

Enlèvement d’enfants
Lors de la présentation de son rapport, Ban Ki-moon a traduit la préoccupation du Conseil de Sécurité face à la multiplication d’enlèvements d’enfants (Résolution 2225). Ainsi il a voulu nommer les parties qui se livrent à ce genre de pratique. Il a ainsi cité les Chabab, Boko Haram, l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) et l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Une augmentation des enlèvements a été constatée en Afghanistan et au Soudan du Sud.

Abus sexuels
Le secrétaire général n’a pas hésité à souligner que 2015 avait été marquée par « des cas très inquiétants d’exploitation et d’atteintes sexuelles commis par des soldats de la paix et du personnel civil de l’ONU et par des membres des forces internationales ne relevant pas de l’Organisation. Il est particulièrement choquant que des personnes chargées de protéger les civils se livrent elles-mêmes à l’exploitation et à la violence sexuelles », a-t-il déclaré.

Progrès
Malgré les graves préoccupations concernant la protection des enfants touchés par les conflits armés, des progrès ont été accomplis. Ban ki-moon a noté « qu’en Afghanistan, en République démocratique du Congo et au Myanmar, les Gouvernements ont démontré qu’ils demeuraient attachés à la mise en œuvre de leurs plans d’action en la matière ». Le Soudan, qui était le seul pays à ne pas avoir pris d’engagement écrit, a signé un plan d’action en mars 2016 visant à faire cesser et à prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants par ses forces de sécurité. Il a souligné qu’un « dialogue étroit » s’est également engagé avec un certain nombre de groupes armés.

Impact de l’extrémisme violent sur les enfants
Selon le rapport les enfants ont payé un lourd tribut à l’extrémisme violent, ces dernières années. Ils ont souvent été la cible directe d’actes visant à faire le plus grand nombre possible de victimes civiles et à terroriser les populations, en les présentant comme des « bourreaux » ou en les forçant à perpétrer des attentats-suicides. La diffusion d’images et de vidéos violentes sur les médias sociaux a placé le sort des enfants pris dans ces conflits au premier plan de la conscience collective mondiale. Ban Ki-moon a exprimé son inquiétude face à l’augmentation du non-respect du droit international.

Réinsertion
Le chef des Nations Unies a déclaré que la réinsertion des enfants, qui ont quitté les rangs des extrémistes, devrait être prioritaire. Il a regretté que dans le cadre de la lutte contre l’extrémisme violent, « les États ont tendance à systématiquement considérer les enfants comme des menaces pour la sécurité, plutôt que comme des victimes, et à les placer en détention administrative ou à les poursuivre en justice pour leur association présumée avec des groupes armés ».

Enfants déplacés
Le rapport constate que les conflits armés entraînent des déplacements forcés et le nombre de personnes qui fuient en quête de protection ne cesse de croître. En Syrie, depuis le début du conflit, plus de 4,8 millions de personnes ont fui le pays, et on compte 6,5 millions de déplacés, dont près de la moitié sont des enfants. Au Nigeria, à la fin du mois de décembre 2015, plus de 1,8 million de personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays, dont plus de 1 million d’enfants, et plus de 200.000 personnes étaient réfugiées dans les pays voisins. Au Soudan du Sud, à la fin de la même année, il restait quelque 200.000 civils, essentiellement des femmes et des enfants, dans les sites établis par l’ONU pour la protection des civils. À Gaza, 44.479 enfants sont encore déplacés du fait de l’intensification des hostilités en 2014.  

Droits des enfants
Le chef de l’ONU a dit que les États, qu’ils soient d’origine, de transit ou de destination, ont la responsabilité d’assurer une protection appropriée aux enfants déplacés. Ils ne doivent en aucun cas aggraver leur vulnérabilité. Ils doivent notamment « garantir l’égalité d’accès aux soins de santé, à un enseignement de qualité et à des services de soutien psychosocial ».
Le secrétaire général des Nations Unies a achevé sa présentation en interpelant la communauté internationale qui, d’après lui, doit avoir comme objectif de prévenir les conflits et de veiller à ce qu’une paix durable s’installe dans tous les pays. À court terme, il est urgent qu’elle agisse pour soulager le sort des nombreux enfants actuellement déplacés par un conflit armé.