Sous la loupe de l’ONU, l’est de l’Ukraine s’enfonce dans l’instabilité

Des enfants écrivent au tableau dans une école du village de Staromykhailovka, sur la ligne de front, entre les villes de Donetsk et Mariyanovka, en Ukraine. © UNICEF / Aleksey Filippov

Des enfants écrivent au tableau dans une école du village de Staromykhailovka, sur la ligne de front, entre les villes de Donetsk et Mariyanovka, en Ukraine. © UNICEF / Aleksey Filippov

 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme vient de publier un rapport qui met en évidence l’instabilité qui continue à prévaloir dans l’est de l’Ukraine, deux ans après le début des hostilités. Selon le document, les disparitions forcées, les détentions arbitraires, tortures et mauvais traitements sont autant de pratiques profondément ancrées à la fois dans les territoires contrôlés par les groupes armés et dans ceux contrôlés par le gouvernement.

 

Publié le 3 juin 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

La mission des droits de l’homme en Ukraine a rendu public ce jour, un document, qui constate que 9.371 personnes ont été tuées et 21.532 blessées dans l’est du pays depuis le début du conflit à la mi-avril 2014. Le rapport, quatorzième du genre, couvre la période allant du 16 février au 15 mai 2016.

Lorsque le conflit a débuté au Printemps 2014, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme avait vu l’afflux de combattants étrangers, y compris des ressortissants russes, de munitions et d’armement dans l’est de l’Ukraine. À cette époque, des violations et atteintes aux droits de l’homme avaient déjà été constatées. Le manque de sécurité et parfois d’intenses hostilités militaires avaient contribué à une rupture totale de l'état de droit. La présence de groupes armés avait conduit à l’aggravation de la situation dans certaines zones des régions de Donetsk et de Lougansk.

Civils vulnérables

Aujourd’hui, les civils vivant près de la ligne de contact et dans les territoires contrôlés par les groupes armés sont particulièrement vulnérables aux violations et abus des droits de l’homme. Beaucoup sont exposés au risque de restes explosifs de guerre et de mines, qui ont été responsables de la majorité des pertes civiles ces derniers mois, stipule le rapport des droits de l’homme. L’augmentation des armes lourdes près de la ligne de contact et les hostilités près d’Avdiivka et Yasynutava, dans la région de Donetsk, depuis le début du mois de mars sont autant d’indicateurs que la crise est loin d’être terminée et qu’elle nécessite toujours l’attention de la communauté internationale.

Liberté de mouvement réduite

Les restrictions de mouvement ont des répercussions directes sur la vie quotidienne des civils, qui ont aussi des difficultés à obtenir des documents officiels d’état civil, à toucher leur retraite ou à accéder à des soins de santé appropriés. Le rapport stipule que plus de 20.000 personnes tentent chaque jour de traverser la ligne de contact et sont souvent obligées de patienter dans des conditions précaires pendant de longues heures.   
Toujours selon le rapport, les 2,7 millions de personnes vivant dans les territoires contrôlés par les groupes armés souffrent aussi de graves atteintes à leurs libertés d’expression, de rassemblement et d’association et sont confrontées à des conditions de vie difficiles.  

L’impunité caractéristique majeure

Deux ans après les événements de Maïdan à Kiev, il n’y a eu aucun progrès significatif réalisé dans l’enquête et les représentants de haut-rang responsables d’avoir ordonné et supervisé les violences continuent à ce jour d’échapper à la justice. Le rapport met aussi en lumière les atteintes à l’indépendance du système judiciaire, qui restent un obstacle majeur dans les poursuites contre les auteurs identifiés des violences survenues à Odessa. D’après un haut-responsable onusien il est aussi impératif d’élucider le sort des nombreuses personnes disparues depuis avril 2014. Un projet de loi sur les personnes disparues est actuellement préparé par le ministère de la justice.

Dégradation des droits de l’homme en Crimée

On assiste à la dégradation de la situation des droits de l’homme en République autonome de Crimée, statut régi par la résolution 68/262 de l'Assemblée générale de l'ONU. Le Secrétaire général adjoint aux droits de l'homme, Ivan Somonovic, a dit que « les lois anti-extrémisme et anti-terrorisme ont été utilisées pour criminaliser des comportements non-violents et faire taire les opinions divergentes, tandis que les systèmes judiciaire et d’application de la loi ont été instrumentalisés pour sévir contre les voix d’opposition. Il semble que les personnes les plus touchées soient les Tatars de Crimée, dont l’instance représentative, le Mejlis, a été interdite.

Visite du sous-comité chargé de la prévention de la torture

Il y a quelques jours, le sous-comité de l'Onu pour la prévention de la torture est arrivé en Ukraine afin de procéder à une mission de contrôle du respect des droits de l'homme. Sa mission a été suspendue car les membres se sont vu refuser l'accès à plusieurs sites dans le pays où des personnes pouvaient être détenues par le service de sécurité ukrainien.

Au terme de sa visite de sept jours en Ukraine, Ivan Simonovic, a déclaré que « sans des efforts supplémentaires et des solutions créatives pour mettre en œuvre l’Accord de Minsk », la situation « pourrait évoluer en un conflit prolongé qui serait dommageable pour les droits de l’homme pendant de nombreuses années à venir, ou pourrait connaître une nouvelle escalade, avec de terribles conséquences pour une population civile qui n’a déjà que trop souffert ».