Crimes contre l’humanité: l’ONU épingle l’Érythrée

Mike Smith, président de la Commission d'enquête sur la situation des droits de l'homme en Érythrée. © Daniel Johnson / UNOG / 8 juin 2016

Mike Smith, président de la Commission d'enquête sur la situation des droits de l'homme en Érythrée. © Daniel Johnson / UNOG / 8 juin 2016

Selon un nouveau rapport de la Commission d'enquête sur la situation des droits de l'homme en Érythrée, des crimes contre l’humanité ont été commis de manière généralisée et systématique. Que ce soit dans les centres de détention, les camps d'entraînement militaire et d'autres endroits à travers le pays, les 25 dernières années ont été le témoin de toutes sortes d’exactions.

Publié le 8 juin 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Le deuxième rapport de la Commission d’enquête, mise en place par le Conseil des droits de l'homme en juin 2014, a été présenté au Palais des Nations, par son Président, le juriste australien Mike Smith. Le document indique que les crimes de réduction en esclavage, d'emprisonnement, de disparitions forcées, de torture, de persécution, de viol, de meurtre et d'autres actes inhumains ont été commis dans le cadre d'une campagne généralisée et systématique visant à instiller la peur, à dissuader l'opposition et à contrôler la population civile érythréenne depuis 1991, année d’indépendance du pays.

Le Président de la Commission d'enquêtea déclaré que « l’Erythrée est un Etat autoritaire ». Il a précisé que le système judiciaire n’est pas indépendant, que l’assemblée nationale est inexistante et qu’il n'y a pas d'institutions démocratiques en Érythrée. « Cela a créé un vide de gouvernance et d'état de droit qui entraîne un climat d'impunité propice aux crimes contre l'humanité qui sont commis depuis plus d'un quart de siècle. Ces crimes se produisent encore aujourd'hui », a souligné l’expert australien.

Mike Smith a déclaré que « la communauté internationale devait maintenant prendre des mesures, y compris en référant la situation à la Cour Pénale Internationale (CPI) ainsi qu’en utilisant les tribunaux nationaux compétents et tout autre mécanisme disponible, en vue d’établir les responsabilités pour les atrocités commises en Érythrée ».

Le rapport constate que « les Érythréens continuent d'être soumis à un service national illimité, à la détention arbitraire, aux représailles pour les actes présumés de membres de leur famille, à la discrimination pour des raisons religieuses ou ethniques, aux violence sexuelles ou sexistes, et aux meurtres ». La durée du service militaire est souvent mentionnée par les Érythréens comme la raison principale qui les pousse à fuir leur pays.

En 2015, 47.025 Érythréens ont déposé une demande d’asile en Europe, dont beaucoup après avoir effectué une traversée dangereuse de la Méditerranée. Ils se réfugient essentiellement en Suède, en Allemagne et aux Pays-Bas. Pour ce qui concerne la Suisse, le Secrétariat d’Etat aux migrations a, jusqu’à présent, enregistré 835 demandes d’asile de ressortissants érythréens (état à fin avril).
 
Le rapport souligne que « certains individus, y compris des fonctionnaires au plus haut niveau de l'État et du parti au pouvoir, le Front populaire pour la démocratie et la justice, ainsi que des commandants, sont responsables de crimes contre l'humanité et autres violations flagrantes des droits de l'homme ». La Commission a annoncé que des dossiers contenant les preuves pour étayer ces allégations seront mis à la disposition des institutions compétences, y compris à des tribunaux, en temps utile.
 
En juillet 2015, le Conseil des droits de l’homme avait prolongé le mandat de la Commission pour lui permettre « d’enquêter sur les violations systématiques, généralisées et flagrantes des droits de l’homme en Érythrée, en vue d’en établir pleinement les responsabilités, en particulier lorsque ces violations peuvent constituer des crimes contre l’humanité ».
Aucune amélioration des droits de l’homme en Érythrée a été constatée depuis la publication du premier rapport de la commission d’enquête qui portait sur la période allant de juin 2014 à juin 2015. Malgré les diverses demandes adressées au Gouvernement, la Commission n’a pas été en mesure de se rendre en Érythrée.
 
Information supplémentaire
La Commission est composée de trois experts indépendants: M. Mike Smith (Australie), le Président de la Commission, Victor Dankwa (Ghana) et la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en Érythrée, Sheila B. Keetharuth (Maurice).
La Commission d’enquête présentera son rapport au cours de la 32ème Session du Conseil des droits de l’homme à Genève le 21 juin 2016.