Indignation et émoi après le bombardement de deux camps de déplacés en Syrie

Le camp de déplacés de Bab Al Salame, près de la frontière avec la Turquie, dans le gouvernorat d’Alep, en Syrie. © OCHA / Archives

Le camp de déplacés de Bab Al Salame, près de la frontière avec la Turquie, dans le gouvernorat d’Alep, en Syrie. © OCHA / Archives

La communauté internationale a vivement dénoncé le bombardement de deux camps en Syrie, près de la frontière turque. Pour sa part, le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme qualifie cet acte d’«odieux» et se dit alarmé par les derniers développements dans la prison centrale d’Hama, où une émeute a eu lieu le 1er mai dernier. Selon lui, ils pourraient prendre un tournant mortel.

Publié le 6 mai 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Deux camps occupés par des déplacés internes situés à Sarmada, dans le nord-ouest de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie, ont été bombardés dans l’après-midi de jeudi 5 mai. Les estimations actuelles parlent de trente personnes décédées et de près d’une centaine de blessés. La province d’Idleb est majoritairement contrôlée par des rebelles du Front Al Nostra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. Les centaines de Syriens réfugiés à une trentaine de kilomètres d’Alep ont fui les combats ayant repris dans la ville depuis le 22 avril. Cette reprise des hostilités a interrompu de fait la trêve débutée le 27 février dernier.

Le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Philip Hammond, a accusé le gouvernement syrien d’être à l’origine de ces attaques. Il a déclaré que «le mépris du régime Assad pour restaurer la cessation des hostilités en Syrie éclate au grand jour». L'armée syrienne a démenti être à l'origine du bombardement.

Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence (OCHA) a réagi en disant que «si on découvre que cette attaque choquante a pris délibérément une structure civile pour cible, cela pourrait constituer un crime de guerre».
Le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a lui aussi déclaré «qu’il est extrêmement improbable que ces attaques meurtrières soient accidentelles. Il est beaucoup plus probable qu’elles aient été délibérées et constituent un crime de guerre».

Le chef des droits de l’Homme a annoncé que son «équipe et d’autres organisations mettront tout en œuvre pour mener des recherches et consigner des preuves sur ce qui semble être un crime particulièrement odieux et calculé contre un groupe extrêmement vulnérable de personnes, dont la plupart ont été forcées de quitter leurs foyers à Alep, en février dernier, en raison d’attaques aériennes incessantes. Des rapports préliminaires suggèrent que ces attaques ont été menées par le gouvernement syrien, mais ces informations restent à vérifier».

Malgré une nouvelle suspension des hostilités à Alep, négociée par les Américains et les Russes et entrée en vigueur le 3 mai, d’autres événements graves se déroulent en Syrie. Le 1er mai, une émeute s’est déclarée dans la prison centrale d’Hama. Selon l’ONU, elle aurait été la conséquence d’une tentative d’extraction de cinq détenus pour les emmener vers le centre pénitencier de Sidnaya, où il aurait été prévu de les exécuter.

Depuis cette date, des détenus ont pris le contrôle d’une partie de la prison et détiennent des gardes en otage. Les autorités ont coupé l’alimentation en eau et en électricité. Des forces de sécurité lourdement armées entourent la prison. Zeid Ra’ad Al Hussein craint «qu’un assaut potentiellement meurtrier ne soit imminent». Il a demandé aux autorités d’«avoir recours à la médiation, ou à d’autres alternatives, plutôt qu’à la force».

Le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme a, une fois de plus, exhorté non seulement tous les gouvernements «ayant une influence en Syrie» à intervenir pour faire cesser ce genre d’attaques mais aussi les gouvernements «siégeant au Conseil de sécurité qui n’ont cessé de bloquer la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) sur le cas syrien à être à la hauteur des responsabilités associées au fait d'en être membre. Ils devraient référer la situation en Syrie à la CPI, de manière à ce qu’un chemin clair soit établi vers la sanction des personnes qui commettent de tels crimes et vers une certaine forme de dissuasion pour ceux qui envisagent d’en perpétrer d’autres».