Les discussions sur la Syrie ont failli imploser

Début février, des représentants de l’opposition syrienne tenaient une conférence de presse à l’extérieur du Palais des Nations pour se plaindre de l'état des discussions. © Charlotte Julie / 2016

Début février, des représentants de l’opposition syrienne tenaient une conférence de presse à l’extérieur du Palais des Nations pour se plaindre de l'état des discussions. © Charlotte Julie / 2016

Le principal groupe d’opposition syrienne a quitté, lundi 18 avril, la table des négociations pour manifester son mécontentement face à la détérioration de la situation sur le terrain, tant au niveau du respect de la cessation des hostilités qu’au niveau humanitaire. Mais il a décidé de poursuivre les discussions de son hôtel, à Genève, hors du Palais des Nations. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’est dit prêt à effectuer la navette entre les différentes délégations. Chronique d’une après-midi sous haute tension.

Publié le 18 avril 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Le bruit courait depuis le milieu de l’après-midi dans les couloirs des Nations Unies à Genève. Le Haut-Comité de négociations (HNC), principale plateforme de l’opposition syrienne, s’apprêtait à claquer la porte des négociations. Les portables des chargés de communication du groupe étaient injoignables, les SMS envoyés restaient sans réponse. Tout laissait penser que ce départ allait être confirmé en fin d’après-midi, au terme de la rencontre entre le groupe d’opposition et l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura. Sans attendre ce face-à-face, un e-mail envoyé par le HNC aux représentants de la presse internationale, les invitant à une conférence de presse dans grand hôtel genevois, confirmait la rumeur… Mais rapidement, un nouveau courrier électronique annonçait le report de la rencontre au lendemain, alors que l’envoyé spécial de l’ONU convoquait son point de presse.

Avec l’élégance qui le caractérise, Staffan de Mistura, commence son allocution en concédant que «la journée a été intense». Il souligne que «personne ne peut contester que les combats sur le terrain commencent à prendre une tournure inquiétante, particulièrement ceux qui font rage dans la région d’Alep». Mais «la suspension des hostilités est encore de mise», enchaîne l’émissaire onusien, tout en reconnaissant que l’accès humanitaire est encore bien trop lent. Et d’indiquer qu’une lueur d’espoir surgit de sa représentante à Damas, Kawla Mattar, qui a pu se rendre pour un état des lieux à Daraya, ville située dans la banlieue sud de la capitale syrienne et assiégée depuis 2012. Des convois humanitaires devraient en outre se mettre en route demain, mardi 19 avril, pour accéder à certaines villes assiégées ou difficiles d’accès. Alors que les humanitaires devraient également pouvoir procéder à l’évacuation sanitaire de 500 blessés et malades graves, et entamer une campagne de vaccination au cours du weekend.

Après avoir rallumé des espoirs, Staffan de Mistura a réussi un numéro de haute voltige diplomatique. Il a affirmé que personne ne devrait espérer que, après cinq ans de guerre, une transition politique puisse être mise en place du jour au lendemain. Que les parties en présence sont d’accord sur l’établissement d’une transition politique, mais ce qui diffère est «l’interprétation de cette transition», autrement dit si elle doit être menée avec ou sans Bachar el-Assad. Il a ensuite confirmé la poursuite de sa mission, qui consiste dans un premier temps à réduire «les différences» existant entre opposition et représentants gouvernementaux en gardant à l’esprit qu’une solution doit être trouvée d’ici août 2016, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce n’est qu’à la fin de son intervention que le diplomate italo-suédois a admis avoir appris que le principal groupe d’opposition avait décidé de suspendre sa participation aux négociations à l’intérieur du Palais des Nations. Ne montrant aucun signe de désappointement, Staffan de Mistura a affirmé sans sourciller que «le HNC reste néanmoins à Genève et que les consultations se poursuivront». Le pire était passé.

Collaboration Fabio Lo Verso


L'émissaire de l’ONU pour la Syrie répond aux questions des journalistes (en anglais)