La Suisse appelle au renforcement des droits humains à l'ONU

© UN Geneva, 13 juin 2016

© UN Geneva, 13 juin 2016

 

Lors de l’ouverture de la 32ème Session du Conseil des droits de l’homme, Didier Burkhalter, Chef du Département fédéral des affaires étrangères a lancé un appel à la Communauté Internationale pour que désormais les droits de l’homme soient placés au cœur de la prévention des conflits. (Discours ci-après)

Le Conseil des droits de l’homme a dix ans. C’est le moment de lui donner une nouvelle dimension et de l’écouter encore davantage. C’est ce jour du 13 juin que mon pays, la Suisse, a choisi pour lancer un appel à la communauté internationale, à vous tous. Nous appelons à renforcer les liens qu’il y a entre les droits de l’homme, le développement ainsi que la politique de paix et sécurité. Nous appelons à rapprocher les piliers de l’ONU, à relier davantage Genève et New York – les droits de l’homme et la sécurité. C’est ainsi que nous progresserons réellement dans notre capacité commune à prévenir la guerre et la souffrance.

Je vais revenir sur cet appel du 13 juin mais regardons d’abord derrière nous. Durant ses dix premières années, le Conseil des droits de l’homme a déjà fait beaucoup de chemin. Il y a dix ans quasiment jour pour jour, alors que le Conseil des droits de l’homme ouvrait sa première session, la Suisse et Genève étaient heureuses et honorées de vous recevoir pour cette œuvre essentielle. Aujourd’hui, nous ressentons le même sentiment à chaque fois que nous pouvons vous souhaiter une chaleureuse bienvenue dans cette cité dédiée aux droits de l’homme.

Pourquoi ? Parce que la création du Conseil des droits de l’homme a permis de revitaliser l’action des Nations Unies en matière de droits de l’homme. Ce Conseil est d’abord un lieu de dialogue et d’échanges pour mieux se comprendre ; il est en outre devenu un instrument prêt à réagir à une crise des droits de l’homme survenant n’importe où dans notre monde.

Les succès des droits de l’homme sont l’œuvre de chaque citoyen du monde qui ne demande que la reconnaissance de ses droits. Les succès du Conseil des droits de l’homme sont également leur œuvre, ainsi que celle des Etats et des personnes qui ont cru en cette institution. En particulier, les dix premières présidences du Conseil qui, dans une sorte de course de relais, bien appuyées par le Haut-Commissariat, ont développé petit à petit son fonctionnement.

Ainsi, l’examen périodique universel (EPU) est devenu une force motrice pour faire progresser les droits de l’homme à l’échelle planétaire. Les procédures spéciales sont devenues les yeux et les oreilles du Conseil.

Une décennie a suffi pour prouver que ce Conseil est capable de réagir rapidement aux violations des droits de l’homme et de s’attaquer également aux nouveaux défis de notre société. Mais, malgré toutes les qualités de ce Conseil, une décennie n’a pas suffi – et de loin – pour progresser largement dans le respect des droits de l’homme : les violations restent très répandues, en particulier dans les contextes fragiles et au sein des Etats défaillants ou autoritaires.

En d’autres termes : le Conseil des droits de l’homme ne sert la paix et la sécurité sur la durée que s’il contribue à gagner le combat pour le respect des droits de l’homme. Les violations des droits de l’homme ou l’absence de garantie des libertés fondamentales pour tous sont un signe que la paix et la sécurité sont en danger. Par ailleurs, les atteintes aux droits de l’homme les plus flagrantes sont fréquemment commises lors de conflits armés, quand la population civile, tout spécialement les femmes et les enfants, deviennent des cibles de souffrance.

Dès lors, pourquoi attendre ? Pourquoi ne pas écouter davantage le message des droits de l’homme ? Pourquoi ne pas comprendre que ce message s’adresse à nous – aux nations qui sont unies, qu’il est une alerte précoce ? Une alerte pour prévenir les conflits, pour prévenir ces souffrances.

En fait, la paix et la sécurité ainsi que les droits de l’homme sont faits pour s’entendre.

Pour la prochaine décennie, nous aurons besoin d’un Conseil des droits de l’homme non seulement capable de réagir mais également d’anticiper, de contribuer plus fortement à prévenir les conflits et, donc,  à promouvoir la paix et la sécurité.

En faisant cela, nous concrétiserons une volonté exprimée depuis longtemps. Nos prédécesseurs ont créé l’Organisation des Nations Unies avec la vision que paix et sécurité, développement, ainsi que droits de l’homme étaient étroitement liés; que ces piliers du monde devaient le porter ensemble vers son avenir. Aujourd’hui, nous pouvons faire progresser la vision vers une réalité.

Comment le faire concrètement ? Comment renforcer l’impact du Conseil des droits de l’homme sur le terrain ? En commençant par lui conférer une nouvelle dimension dans l’architecture des Nations Unies. Et, pour cela, en soutenant l’appel que la Suisse lance, déjà aujourd’hui avec l’appui de 42 pays : l’appel du 13 juin pour mettre les droits de l’homme au cœur de la prévention des conflits.

Dans le cadre institutionnel actuel, cet appel demande trois mesures concrètes :

• premièrement, une amélioration de la coopération entre le Conseil des droits de l’homme et le Conseil de sécurité. En particulier, nous appelons les membres du Conseil des droits de l’homme à demander au Secrétaire général de soumettre à l’attention du Conseil de sécurité les décisions et les rapports du Conseil des droits de l’homme qui sont pertinents pour la prévention des conflits ;

• deuxièmement, un renforcement de la prévention des conflits par une meilleure exploitation des informations disponibles. Aujourd’hui, dans bien des cas, ces informations ne sont pas transmises en temps utile ou ne sont pas prises en considération. Nous invitons les membres du Conseil de sécurité à solliciter des briefings réguliers de la part du Haut-Commissaire aux droits de l’homme ; leur base d’information doit comprendre des rapports du Conseil des droits de l’homme et de ses différents mécanismes, dont les commissions d’enquête, afin de renforcer leur action de prévention des conflits ;

• et troisièmement, une action pour mettre l’être humain au centre des efforts. Tous les Etats membres de l’ONU doivent mieux intégrer la dimension des droits de l’homme dans toutes leurs activités de prévention des conflits et, en conséquence,  apporter un soutien accru au Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme.

Notre défi pour la prochaine décennie consiste à accroître le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Les progrès en la matière peuvent se faire partout. Que ce soit à Genève, à New York ou sur le terrain.

Aujourd’hui, les conflits armés continuent de provoquer des souffrances humaines indicibles.  Seule une volonté et une responsabilité communes, portées par des nations réellement unies, peuvent faire reculer les souffrances des êtres humains et progresser leurs droits.

Merci de soutenir notre appel.