Peine de mort, un record d’exécutions en 2015

© Charlotte Julie / États-Unis 2015

© Charlotte Julie / États-Unis 2015

Les exécutions de condamnés à mort ont bondi de plus de 50% dans le monde l’année dernière, atteignant leur plus haut niveau depuis 1989, s’alarme Amnesty International.

Publié le 6 avril 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Elles sont «au moins 1634». Amnesty International a chiffré le nombre d'exécutions dans le monde en 2015, soit une hausse de 54% par rapport à 2014, la plus élevée depuis 1989. Dans son rapport annuel sur la peine de mort, publié le 6 avril, l'organisation de défense des droits humains recense 25 pays, sauf la Chine où ce type de statistiques est classé secret d'État. Mais, selon l’ONG, ce pays, où «des milliers» de personnes seraient de fait exécutées chaque année, «reste le premier bourreau mondial».

Les exécutions sont concentrées à 89% dans trois États: l’Iran avec au moins 977 exécutions, le Pakistan avec 326 et l’Arabie saoudite avec au moins 158. Viennent ensuite les États-Unis, avec 28 exécutions. Le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty, a déclaré que les trois premiers pays «ont fait exécuter un nombre impressionnant de condamnés à mort, à l’issue bien souvent de procès d’une iniquité flagrante». Une forte hausse des exécutions a aussi été constatée en Égypte et en Somalie.

Le nombre de pays procédant à des exécutions a, lui aussi, augmenté, passant de 22 en 2014 à 25 en 2015. Au moins six États qui n’avaient mis personne à mort en 2014 l’ont fait en 2015.
En Afrique, le Tchad a passé par les armes dix membres présumés du groupe islamiste Boko Haram, alors que Ndjamena n’avait plus recouru à la peine de mort depuis douze ans.

Plusieurs États, dont l’Arabie saoudite, la Chine et l’Iran, ont continué de prononcer des condamnations à mort pour des infractions (notamment le trafic de stupéfiants, la corruption, l’adultère et le blasphème) n’entrant pas dans la catégorie des «crimes les plus graves» qui seuls, au regard du droit international, peuvent entrainer la peine capitale.

Malgré ces constats accablants, selon l’ONG, l’espoir demeure car la prise de conscience grandit et le monde continue de progresser vers l’abolition de la peine capitale, les États appliquant ce châtiment restant une minorité.

En 2015, quatre pays ont à leur tour aboli la peine de mort en droit: la République Démocratique du Congo (RDC), Fidji, Madagascar et le Suriname. La Mongolie a elle aussi adopté un nouveau Code pénal abolissant ce châtiment, mais il entrera en vigueur dans le courant de cette année. Pour la première fois, une majorité de pays du monde, soit 102, figurent dans la liste de ceux ayant pleinement aboli la peine de mort. En tout, ils sont 140 à être abolitionnistes en droit ou dans la pratique.


Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef