«Race for Water», une odyssée pour sensibiliser à la pollution plastique des océans

© Peter Charaf / raceforwater.org

© Peter Charaf / raceforwater.org

 

La Fondation Race for Water présente, jusqu’au 23 juillet, l’exposition Préservons nos océans, composée de soixante photos, le long du quai Wilson au bord du lac Léman à Genève. Vues édifiantes et solutions engageantes pour combattre ce fléau.

 

Luisa Ballin
3 juillet 2017

Les clichés du photographe Peter Charaf témoignent de l’aventure de l’expédition Race for Water, partie en 2015 étudier les causes et les conséquences de la pollution plastique des océans. Et montrent l’envers du décor de nombreuses plages paradisiaques submergées de déchets plastiques. Détritus par ailleurs ingurgités par des poissons morts jonchant étendues de galets et sable fin.

Une photo immortalise un crabe qui tel Sisyphe pousse un reste d’objet bleu non identifié. Plus loin, un gros plan saisit le regard interrogateur d’une adolescente montrant deux flacons à bouchons rouges remplis de petits rebuts dont on ne sait que faire, les déchets plastiques n’ayant aucune valeur marchande.

Le promeneur qui découvre les panneaux explicatifs de cette exposition emblématique s’arrête pour admirer une photo d’un lieu nommé Rapa Nui, où d’énigmatiques gardiens nommés Moaïs, debout dos à l’océan pour l’éternité, n’apercevront pas le Race for Water longer la côte juste derrière eux. L’image est belle. Plus saisissante sera la découverte que l’équipage fera de ces déchets indésirables qui peuplent désormais la mystérieuse île de Pâques, jadis préservée de ces traces peu amènes d’une civilisation dite du progrès.

 
© Peter Charaf / raceforwater.org

© Peter Charaf / raceforwater.org

 

Touché par l’ardente patience du peuple Rapa Nui pour protéger ses plages de la souillure plastique, le photographe Peter Charaf n’a pas caché à La Cité son désir de retourner sur l’île de Pâques pour donner vie à un projet artistique et citoyen dans le but de contribuer à la lutte contre cette invasion non grata.    

La visite de l’exposition continue. Le crépuscule au bord de l’eau d’où l’on peut admirer le phare, le jet d’eau et le Palais Wilson, est propice aux confidences. Il était un petit navire, le plus grand bateau solaire au monde, qui en réalisant le premier tour du globe exclusivement à l’énergie solaire entre 2010 et 2012, était entré dans la légende. Suite à cette prouesse, le vaisseau se mua en plateforme scientifique pour la recherche en milieu marin. L’Odyssée du Race for Water pouvait se poursuivre. Et ce bateau propulsé par un mix révolutionnaire d’énergies renouvelables: solaire, kite, et hydrogène, quittait Lorient le 9 avril 2017 pour une expédition de cinq ans.
 
«Grâce à ce navire, nous démontrons que la transition vers des énergies propres est possible dès aujourd’hui, en offrant notamment un espace de démonstration permettant de présenter des solutions innovantes de valorisation des plastiques en fin de vie, tout en sensibilisant le public et les jeunes en particulier, aux quatre coins du monde», affirme Marco Simeoni, fondateur et président de la Fondation Race for Water, revenu d’un séjour de plus de 40 jours sur ce bateau innovant avant de remonter à bord en compagnie de Peter Charaf lors de l’escale prévue à Cuba à la mi-juillet.

Marco Simeoni est un rescapé, comme ses compagnons d’aventure maritime. Il confie à La Cité un épisode qui aurait pu coûter la vie à l’équipage, la nuit où le navire a chaviré dans l’archipel des Chagos, suivi d’une excursion dans un des lieux les plus protégés du monde, où peu de civils ont encore aujourd’hui l’autorisation de pénétrer.

 
© Peter Charaf / raceforwater.org

© Peter Charaf / raceforwater.org

 

Le marin se souvient: «Il est deux heures du matin lorsque, pour la première fois de notre expédition, le bateau se retourne. Ce trimaran à trois coques ne coule pas. Les coques le portent, mais nous sommes à l’envers, avec beaucoup d’eau à bord. Par chance, aucun navigant n’est blessé ou porté disparu. Une chance extraordinaire. Nous décidons de ne pas lancer le MayDay, message de détresse qui nous obligerait à quitter le navire dès le premier secours. Nous contactons la terre pour dire que nous sommes à l’envers, de manière à ce que notre récupération puissent être organisée. Nous attendons deux jours à l’envers sur le bateau. Puis un navire arrive

L’entrepreneur reconverti en navigateur poursuit: «Nous étions à 300 miles de Diego Garcia, l’île la plus proche par rapport à notre chavirage. Diego Garcia, partie intégrante de l’archipel des Chagos, zone marine protégée. Le navire qui nous porte secours tire notre bateau, qui est toujours à l’envers. Nous montons à bord du navire qui nous a récupérés. Nous tractons notre trimaran pendant deux jours, le temps d’arriver à Diego Garcia. Je n’avais jamais fait le lien entre cette île et l’armée des États-Unis. Nous découvrons une base militaire américaine impressionnante, hyper protégée. Je n’ai pas le droit d’en dire plus... Les officiers nous empêchent de prendre des photos. Ils nous posent des questions pendant plusieurs heures. Pour savoir qui nous sommes, d’où nous venons et ce que nous faisions, car ils veulent être sûrs que nous n’avons pas prémédité d’accéder à Diego Garcia

L’équipage du bateau suisse restera sur le vaisseau de la marine américaine pendant tout leur séjour dans la forteresse qu’est Diego Garcia. «Si nous voulions quitter le bateau, nous étions accompagnés par des militaires. Qui nous ont très bien accueillis au demeurant. Mais tout était contrôlé. J’ai pu me rendre compte qu’il s’agissait d’une base très stratégique pour l’armée américaine», précise Marco Simeoni.

Retour parmi les invités. Le vernissage de l’exposition auquel ont notamment participé le maire de Genève Rémy Pagani, la conseillère nationale Lisa Mazzone et l’ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU Valentin Zellweger prend fin. L’Odyssée Race for Water se poursuit sur les océans, pour sensibiliser, notamment les plus jeunes, au fléau que constituent les déchets plastiques. Ils sont en effet nombreux les visiteurs à monter à bord de ce bateau révolutionnaire, à chacune de ses escales à travers le monde.

 
© Peter Charaf / raceforwater.org

© Peter Charaf / raceforwater.org

 

Visionnaire, la Fondation créée par Marco Simeoni? «Assurément. Race For Water propose des solutions concrètes et notamment une collaboration pour la mise au point d’un projet innovant permettant la valorisation économique de tous les déchets plastiques grâce à un procédé de gazéification de ces derniers. Cette valorisation des déchets devrait permettre d’encourager leur récupération sur les plages, dans les rues et les décharges à ciel ouvert. Nous sommes invités à le mettre en œuvre en priorité en Malaisie, à l’île de Pâques (Chili) et au Pérou», explique l’ingénieur et écrivain Franklin Servan-Schreiber, directeur de la communication au sein de la Fondation. Race for Water espère installer rapidement quelque 500 projets à travers le monde, ajoute-t-il.

«La Fondation Race for Water démontre qu’un avenir sans émission n’est pas une utopie — il est déjà en train de se concrétiser. L’ONU Environnement est fier de soutenir l’Odyssée autour du monde de ce navire innovant. Cette aventure démontrera la puissance des énergies renouvelables et stimulera la recherche de nouvelles solutions pour préserver nos océans de la pollution plastique», déclare Erik Solheim, directeur de l’ONU Environnement.

Cette odyssée marine et scientifique pionnière suscite un intérêt indéniable. Notamment celui de Bertrand Piccard, cofondateur et copilote de l’avion solaire Solar Impulse. «Je suis heureux de pouvoir témoigner d’un autre projet suisse qui symbolise de manière concrète la transition énergétique. La propulsion du navire Race for Water, basée sur le mix d’énergie solaire, d’hydrogène et d’un Kite à traction, fera exemple dans l’histoire de notre futur propre. Cette solution proposée par Race for Water est à la pointe de l’innovation, mais reste accessible à tous car ils ont fait le choix de la baser sur des technologies commerciales

Soutien d’estime également de la part du directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, Michael Møller. «Les océans sont au cœur des objectifs pour le développement durable des Nations Unies. La propulsion novatrice hybride solaire-hydrogène du navire Race For Water accélérera la nécessaire transition énergétique. C'est donc un projet essentiel pour la préservation des océans, notre ressource la plus précieuse


Exposition

Préservons nos océans

Photos de Peter Charaf
Jusqu’au 23 juillet 2017

Quai Wilson
Genève

www.raceforwater.org

Rapport d’analyse des données
récoltées lors de cette expédition bit.ly/R4WO_2015_Report