Rafistolages et piques diplomatiques après le coup d’éclat de l’opposition syrienne

L'ambassadeur Bachar Jaafari au centre de la délégation de Damas au Palais des Nations à Genève. © UN Photo / Elma Okic / 20 avril 2016

L'ambassadeur Bachar Jaafari au centre de la délégation de Damas au Palais des Nations à Genève. © UN Photo / Elma Okic / 20 avril 2016

Le négociateur de Damas, Bachar Jaafari, a qualifié de «numéro hollywoodien» la décision du HCN, principale branche de l’opposition, de quitter le palais de l’ONU à Genève. Mais il a également insisté sur la formation d’un gouvernement d’union nationale. Pour sa part, le HCN conditionne son retour au respect du cessez-le-feu et de l’accès humanitaire. Sur le terrain, des améliorations sont annoncées.

Publié le 20 avril 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Les cendres sont encore chaudes au lendemain de la décision du Haut Comité de négociation (HCN), principale plateforme de l’opposition, de ne plus se rendre au Palais des Nations Unies pour participer aux discussions de paix sur la Syrie (notre article de lundi 18 avril). Officiellement, les discussions se poursuivent, mais elles sont parasitées par les joutes verbales entre opposition et représentants du pouvoir syrien.

En l’absence, pour raisons personnelles, de l’envoyé spécial Staffan de Mistura, c’est l’ambassadeur Ramzy Ezzeldin Ramzy, envoyé spécial adjoint de l’ONU, qui a reçu, aujourd’hui, la délégation officielle de Damas dirigée par l’ambassadeur Bachar Jaafari. Au sortir de cette séance de travail, ce dernier a rencontré la presse internationale. Il a profité de cette occasion pour répondre aux attaques formulées la veille par Riad Hijab, coordinateur du HCN.

En qualifiant la réunion du jour de «fructueuse», et les précédentes rencontres «d’engagements positifs», Bachar Jaafari s’est attardé sur les amendements relatifs à la constitution d’un organe gouvernemental de transition. À ce propos, le représentant de Damas a insisté sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, auquel participeraient des représentants du gouvernement actuel, de l’opposition, des technocrates et des personnalités indépendantes. Un gouvernement dont tous les membres prendraient l’engagement de «rejeter le terrorisme et ne pas être à la solde de puissance étrangère… conformément à la résolution 2253 du Conseil de sécurité», a-t-il souligné.

Cette résolution, datant de décembre 2015, condamne catégoriquement Daech, le réseau Al-Qaida et les personnes, groupes, entreprises et entités qui leur sont associés. L’ambassadeur syrien voulait ainsi, indirectement, viser le négociateur en chef du HCN, Mohamed Allouche, membre du bureau politique de Jaich al-Islam, groupe armé rebelle taxé de «terroriste» par la Russie.

Bachar Jaafari a qualifié de «numéro hollywoodien» la décision du HNC de quitter Genève tout en poursuivant sa participation par l’intermédiaire d’une équipe technique. Il a considéré cette action comme un signe «d’immaturité politique». Il a concédé que l’évolution de la situation militaire sur le terrain n’était certainement pas étrangère à ce comportement. Mais, à ses yeux, la trêve militaire était toujours en vigueur, les actions de l’armée syrienne ayant trait à la lutte contre le terrorisme.

Lors de son intervention dans un grand hôtel de Genève, le 19 avril, Riad Hijab déclarait que le retour à une totale participation du HNC aux négociations était tributaire de l’accès humanitaire aux villes assiégées et de l’arrêt des violations du cessez-le-feu, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité.

Le 20 avril, en fin d’après-midi, l’évacuation sanitaire de 500 personnes, blessées et malades, annoncée deux semaines auparavant par le co-président de la task force humanitaire, Jan Egeland, commençait enfin. L’intervention a eu lieu dans deux villes proches de Damas bloquées par le régime, Madaya et Zabadani, ainsi qu’à Foua et Kefraya, assiégées par des rebelles dans le Nord-est du Pays.

Demain, jeudi 21 avril, les deux task force chargées du volet humanitaire et de la suspension des hostilités se réuniront pour constater l’évolution de la situation sur le terrain et probablement décider de la mise en place d’observateurs comme le réclame l’opposition. Le 22 avril marquera la fin du troisième round des pourparlers syriens à Genève. Le même jour, Staffan de Mistura fera le point sur ces avancées et annoncera les dispositions qui seront prises pour poursuivre les pourparlers.

Collaboration Fabio Lo Verso