Inquiétant ralentissement de l’accès de l’aide humanitaire en Syrie

Jan Egeland, co-président de la task force humanitaire pour la Syrie. © UN Photo / Pierre Albouy / Genève, 7 avril 2016

Jan Egeland, co-président de la task force humanitaire pour la Syrie. © UN Photo / Pierre Albouy / Genève, 7 avril 2016

À quelques jours de la reprise des négociations de paix sur la Syrie, Jan Egeland, le co-président de la task force humanitaire, a fait le point sur l’accès de l’aide notamment vers les villes assiégées ou difficiles d’accès. Il constate un ralentissement des livraisons et une augmentation des obstacles qui pourraient provoquer une remise en question du processus de transition politique.

Publié le 8 avril 2016


Par Catherine Fiankan-Bokonga

Au sortir de la huitième réunion de la task force humanitaire, qui s’est tenue le 7 avril à l’ONU de Genève, le Norvégien Jan Egeland a ouvertement partagé les sentiments à la fois de déception et de découragement qui l’envahissent après deux mois de travail. Le co-président de la task force humanitaire a concédé que de grands espoirs avaient été fondés sur ce mois d’avril, qui aurait dû constituer la meilleure période depuis le début de la suspension des hostilités, le 27 février 2016. Mais il constate un net ralentissement du rythme.

«De nouvelles procédures ont été mises en place. Celles-ci requièrent sept jours d’attente avant d’obtenir l’autorisation d’accès qui est suivie par trois jours supplémentaires pour que le feu vert soit effectif», a expliqué nerveusement le Norvégien. «Cinq convois étaient prêts à partir et ces nouvelles dispositions nous empêchent de soulager les 287 000 personnes vivant dans des zones difficiles d’accès», a-t-il ajouté.

AIDER UN MILLION DE PERSONNES

Le chef de la task force humanitaire a expliqué que, d’une part, l’autorisation écrite pour accéder aux zones d’Ar-Rastan, At-Tall, Bloudan et Kafr Batna n’était pas arrivée. D’autre part, à Azzar, 50 000 personnes n’avaient pas reçu les marchandises qui devaient leur être distribuées par le Croissant-Rouge syrien, qui officie comme partenaire. Cette organisation n’a pas été autorisée à pénétrer dans la ville par un groupe d’opposants armés.

Les convois humanitaires ont seulement réussi à apporter de l’aide à 45 000 personnes à Tiermalah et à Afrin. Ainsi, l’aide humanitaire a rejoint, depuis le début de l’année, plus de 446 000 personnes vivant dans des zones assiégées et difficiles d’accès. La ville de Deir-Ezzor, située en pleine zone contrôlée par Daech, pourrait bientôt bénéficier d’aide car les problèmes techniques liés au largage aérien à haute altitude semblent être résolus.

L’ambition de l’ONU était de venir en aide à 1 million de personnes d’ici fin avril. Le message envoyé à ceux qui ont de l’influence auprès des autorités syriennes est clair, rappelle Jan Egeland: le gouvernement doit respecter ses promesses et autoriser les humanitaires à aider les populations. Si ce n’est pas le cas, le responsable onusien craint que les besoins vont rapidement augmenter.

ÉVACUATION SANITAIRE

La phase actuelle est particulièrement délicate. C’est en ce moment que se déroulent trois campagnes de vaccination, contre la polio, la rougeole, la diphtérie... Actuellement, le gouvernement syrien et les forces armées d’opposition empêchent les volontaires et les travailleurs de la santé de vacciner des millions d’enfants. L’autre menace qui plane au-dessus de ces actions est le manque de fonds. Les promesses financières formulées lors de la Conférence de Londres, les 3 et 4 février derniers, tardent à parvenir à l’Unicef, relève Jan Egeland.

Seule note positive, le co-président de la task force assure que, dans un futur proche, la plus grande évacuation sanitaire jamais effectuée aura lieu. Près de 500 blessés et malades résidant à Madaya, Zadabani, Foah et Kefraya, accompagnés de leur famille, seront pris en charge et conduits dans des hôpitaux de la région.  

Jan Egeland a rappelé que les parties en présence ont le devoir, d’après la règlementation internationale, de venir en aide aux populations civiles. Il a souligné l’urgence de constater des progrès effectifs au risque d’entraîner avec la détérioration de la situation humanitaire celle du processus de suspension des hostilités et, par la même occasion, les négociations de paix qui doivent reprendre le 13 avril.


Catherine Fiankan-Bokonga
Rédactrice en chef