EUROPHOBIE(S), MODE D’EMPLOI

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Ils vouent à l’Union européenne, soit une solide méfiance, soit une radicale défiance. Or, les partis nationalistes pèsent désormais de tout leur poids sur le Parlement européen. Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Que veulent-ils? La Cité propose quelques clés pour comprendre ces «détestataires» plus unis par ce qu’ils rejettent que par ce qu’ils proposent.

Publié le 18 juin 2014

[dropcap]L[/dropcap]’Union européenne doit désormais compter sur des ennemis en nombre au sein même de son parlement. Avec 140 sièges (sur 751), les formations europhobes ou eurosceptiques ont emporté un incontestable succès à l’issue des élections au Parlement européen. Ce qui frappe d’emblée est leur hétérogénéité. Entre les professeurs conservateurs de l’Alternative pour l’Allemagne et les ouvriers séduits par le discours social du Front national français, les différences ne sont pas seulement sociologiques; elles se constatent aussi dans les programmes que les uns et les autres proposent, ainsi que dans leur origine historique et idéologique.

[su_pullquote align="right"]DIVERGENCES RADICALES[/su_pullquote]

Par quoi sont-ils unis? Bruxelles est le premier objet de leur ressentiment. Certains sont plus obsédés par l’islamophobie que d’autres; l’immigration fait partie de leur animosité commune mais ces partis europhobes ou eurosceptiques déclinent ce thème de façon très variée, entre modération empreinte de méfiance envers l’étranger et virulence allant jusqu’au racisme et à la xénophobie. En revanche, sur les grandes options sociales et économiques leurs divergences radicales sautent aux yeux. Le Néerlandais Geert Wilders (PVV-Parti de la Liberté) campe sur des positions ultralibérales, proches de celles des libertarians américains, alors que son alliée française Marine Le Pen défend la prééminence de l’État dans l’économie française et la mise aux pas des «puissances d’argent».

Un autre allié du Front national français, l’Italienne Ligue du Nord, se bat contre l’État central de Rome, alors que la présidente frontiste promeut l’émergence d’un État central fort «capable de s’imposer aux féodalités locales». Qu’est-ce que ces gens vont bien pouvoir se dire sur des sujets aussi fondamentaux que la place de l’État dans l’économie et l’organisation du territoire? Leurs filiations historiques et idéologiques sont tout aussi variées. Certaines de ces formations sont les héritières, radicalisées au fil du temps, de partis centristes et libéraux, d’autres proviennent en ligne directe ou indirecte des mouvements fascistes ou fascisants du XXe siècle. L’appellation de «populisme» ne rend pas compte des écarts notables entre nationaux-sociaux, nationaux-conservateurs, nationaux-libéraux, régionalistes (ou séparatistes)-xénophobes. Dès lors, il faudrait plutôt décrire cet ensemble sous la forme d’une nébuleuse «détestataire » que sous celle d’un bloc cohérent.

Cette nébuleuse constitue une force de nuisances mais saura-t-elle devenir une force de propositions? Rien n’est moins sûr. L’écueil le plus imposant placé sur la route des partis nationalistes et, justement, leur... nationalisme! Chacun exaltant sa nation de préférence à toutes les autres et épousant les contentieux traditionnels entre tel ou tel pays, il leur est malaisé d’accorder leurs violons. De plus, l’une des caractéristiques communes de ces mouvements étant d’être dirigés par des «grandes gueules» au verbe provocateur, les inimitiés personnelles finissent, un jour ou l’autre, par éclater. Ainsi, le leader britannique de UKIP (Indépendance du Royaume-Uni), Nigel Farage, refuse de faire groupe commun avec les «frenchies» de Marine Le Pen, affirmant que «l’antisémitisme est dans l’ADN du Front national ».

[su_pullquote align="right"]FRANCOPHOBIE BRITANNIQUE[/su_pullquote]

Cette explication se double sans doute d’une autre: la francophobie que diffusent le chef de UKIP et les tabloïds anglais. Car en matière de xénophobie et de racisme, le parti de Nigel Farage est au moins aussi expert que les frontistes du clan Le Pen. En surfant sur cette vague polluée, UKIP vogue maintenant vers les succès électoraux. Soeren Soendergaard, le porte-parole du FP, le Parti populaire danois, refuse, lui aussi, de siéger avec le Front national en excipant de l’antisémitisme incarné par Jean-Marie Le Pen, le père du FN et... de son actuelle présidente. Or, le FP a remporté au Danemark un succès considérable. Pourtant très attaché à Israël et ne pouvant être suspecté d’antisémitisme, Geert Wilders, le leader du PVV néerlandais, a accepté de faire groupe commun avec le Front national (FN), de même que le FPÖ (parti de la Liberté autrichien), la Lega Nord (Ligue du Nord transalpine) ainsi que les Démocrates suédois qui, pour la première fois sont entrés au Parlements européens; en revanche, les deux autres alliés de Marine Le Pen, les flamands du Vlaams Belang (VB) et le SNS slovaque ont subi de lourdes défaites et n’auront pas d’élus au Parlement de Strasbourg.

Le but est donc de constituer un groupe parlementaire (minimum: 25 élus provenant de 27 États différents); pour l’instant ce n’est pas acquis. Un tel groupe permettrait de déposer motions et amendements, de participer aux choix des sujets à examiner par le Parlement et, ce qui ne gâche rien, de recevoir une dotation entre 1 et 3 millions d’euros par an, en fonction du nombre de députés inscrits.. Mais outre UKIP et le FP danois, le Parti des Vrais finlandais et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ont refusé l’offre de Wilders et Marine Le Pen. Et si certains partis nationalistes l’ont déclinée, d’autres n’ont pas été invités à entrer dans ce groupe, tels le Jobbik hongrois, le Front national belge et les néonazis grecs d’Aube dorée, toutes formations jugées trop radicales dans leur extrémisme.

Voici, en pages 5 et 6, quelques éléments-clés pour appréhender les plus virulents — mis à part Jobbik et Aube Dorée, ouvertement néofascistes —, des partis nationalistes proches de Marine Le Pen, la grande triomphatrice en France de ces élections.

FRONT NATIONAL

Marine Le Pen, Front national © Keystone / AP / François Mori / mai 2014.

Pays: France. Figure de proue: Marine Le Pen (46 ans). Orientation politique: national-social. Nombre de sièges au parlement national: 3 dont 2 apparentés (sur 577). «Nous ne comptons que les élus aux chambres basses.»

Filiation historique et idéologique: Fondé en 1972, il fédère à l’initiative d’Ordre Nouveau plusieurs groupuscules qui ne cachent pas leur orientation néofascistes pour certains, monarchistes pour d’autres. Parmi les fondateurs figurent François Brigneau, ancien combattant de la Milice de Pétain, François Duprat, écrivain et journaliste qui défend des thèses niant la Shoah, ainsi que Jean-Marie Le Pen, ancien député poujadiste (mouvement politique du petit commerce qui, sous l’impulsion de Pierre Poujade, avait connu un succès électoral retentissant en 1956) qui devient le président du FN. Il le restera jusqu’en 2011, sa fille Marine lui succédant après une élection interne. Le Pen père est aujourd’hui le président d’honneur du parti. L’insigne — qui reste celui du Front national actuellement — est la copie conforme de celui du MSI (Movimento sociale italiano) qui, en 1946, a succédé au parti fasciste interdit à la fin de la guerre.

Programme: Arrivée à la tête du Front national, Marine Le Pen n’aura de cesse de faire oublier les origines néofascistes de son mouvement en menant une politique de «dédiabolisation ». Elle combattra l’antisémitisme qui a régné au sein du FN lorsque son père le présidait et défendra dans ses discours les valeurs de la République et de la démocratie qui jusqu’alors n’y étaient pas du tout prisées. Sur le plan économique, Marine Le Pen imprime au FN un changement radical. Son parti défendait jusqu’alors les thèses de l’ultralibéralisme à la Reagan-Thatcher. Depuis qu’elle est aux commandes, le Front national défend les interventions de l’Etat dans le domaine financier et économique afin de promouvoir une politique à la fois nationaliste et sociale. À l’image de l’extrême gauche, le FN préconise la sortie de l’euro. Mais ce qui le distingue de la «gauche de la gauche» est son concept marketing de «préférence nationale», ainsi que sa stigmatisation de l’immigration, présentée comme source des maux de la France. Ce mélange d’imprécations nationalistes et de revendications sociales n’est pas nouveau dans l’histoire de l’extrême droite européenne. Benito Mussolini était un ancien dirigeant socialiste. Le mouvement nazi s’appelait officiellement «Parti national-socialiste des travailleurs allemands ». Ancien communiste devenu fasciste, Jacques Doriot, fondateur du PPF (Parti populaire français) collaborationniste, a toujours défendu la thèse du «ni gauche, ni droite», l’un des principaux slogan du FN d’aujourd’hui. Sur le plan européen, le Front exige la sortie de la France de l’euro. Sans pour autant revendiquer expressément le départ de son pays de l’Union européenne, Marine Le Pen ne cache pas son intention de dynamiter les institutions de l’UE pour en faire une vague confédération sans pouvoir.

LIGUE DU NORD

epa04081155 The Federal Secretary of Northern League's party, Matteo Salvini, during the first stage of the "No Euro tour," ahead of the upcoming European elections, in Florence, Italy, 16 February 2014. EPA/MAURIZIO DEGL'INNOCENTI

Pays: Italie. Figure de proue: Matteo Salvini (41 ans). Orientation: régionaliste xénophobe. Nombre de sièges au parlement national: 18 sur 630.

Filiation historique et idéologique: La Lega Nord n’a pas d’attache historique et idéologique avec le fascisme dans la mesure où celui- ci prônait un Etat transalpin central fort et autoritaire. Or, la Lega Nord défend une position opposée, en mettant en avant un régionalisme exacerbé, opposé au centralisme. Elle a été créée en 1989 par l’union de deux mouvements régionalistes, la Lega Lombarda (Lombardie) et la Lega Veneta (Venise et ses environs). Umberto Bossi en a été le premier président.

Programme: À l’origine, la Lega Nord plaidait pour l’indépendance du Nord de l’Italie, dans le cadre d’une fumeuse «nation padanienne » aux contours aussi sinueux que le Pô. Aujourd’hui, la Lega serait plutôt favorable à une Italie fédérale, voire confédérale, tout en ne renonçant pas à une sorte de séparation à l’amiable, «à la tchécoslovaque», d’avec le reste de l’Italie, surtout dans le domaine fiscal. Pour elle, l’argent des «Padaniens» doit rester au Nord et ne pas alimenter les caisses de «Roma ladrona» (Rome la voleuse). Partisans du libéralisme économique à l’intérieur de ses frontières régionales, la Lega Nord a su convaincre, dans un passé récent, nombre d’artisans et de petits et moyens entrepreneurs qui constituent le tissu industriel le plus vivant de la Péninsule.

[su_quote]Sur le front de la démagogie, la Lega Nord doit faire face à Cinque Stelle, l’inclassable formation de l’amuseur Beppe Grillo, sorte de Coluche qui aurait réussi politiquement.[/su_quote]

Elle a développé un discours qui a évolué, en partant des insultes réservées aux Italiens du Sud, jusqu’au racisme le plus monstrueux, en s’attaquant en des termes d’une violence inouïe à la ministre italienne Cécile Kyenge, d’origine congolaise. L’immigration fait également partie de son catalogue «détestataire». La Lega Nord veut la sortie de l’euro et ajoute l’Union européenne à ses haines d’origine. Contraint à démissionner de la tête de son parti en avril 2012, à la suite d’accusations sur un éventuel détournement de fonds publics, Umberto Bossi n’en est plus le leader. Mais la ligne politique n’en a pas été pour autant infléchie. La Lega Nord a perdu de son aura après avoir partagé le pouvoir avec Berlusconi pendant huit ans. Sur le front de la démagogie, il doit faire face à Cinque Stelle, l’inclassable formation de l’amuseur Beppe Grillo, sorte de Coluche qui aurait réussi politiquement.

DÉMOCRATES SUÉDOIS

Jimmie Akesson, Démocrates suédois © Keystone / EPA / Frederik Sandberg / Archives

Pays: Suède. Figure de proue: Jimmie Åkesson (35 ans). Orientation politique: national-social. Nombre de sièges au parlement national: 20 sur 349.

Filiation politique et idéologique: L’extrême droite en Suède n’a eu qu’un rôle marginal durant l’entre-deux-guerres. Elle n’est véritablement apparue qu’à la fin des années 1970, en réaction à l’accroissement de l’immigration; elle était incarnée par divers mouvements ou groupuscules tels les néonazis du Nordiska Rikspartiet et, plus nombreux, les militants du BSS (Bevara Sverige Svenskt — Garder la Suède suédoise), fondé en 1979. Les concerts punks arrosés à la bière servaient souvent de lieu de rencontre avec tous les débordements violents que suppose ce néofascisme tendance éthylique. En 1988, les Démocrates suédois (Sverigedemokraterna-SD) ont réuni nombre de ces groupes d’extrême droite afin de former une entité plus nombreuse et plus cohérente.

[su_quote]Le parcours de Jimmie Åkesson rappelle celui de Marine Le Pen à la tête des frontistes français. Le jeune président multiplie les efforts pour couper les ponts avec le passé brunâtre de son parti.[/su_quote]

Programme: Au début de son existence, le SD ne cache pas son racisme virulent, proche de l’orientation néonazie. Dès la fin des années 1990, les Démocrates suédois mettent de plus en plus d’eau claire dans leur vin brun. Si bien qu’en 2001, les éléments antisémites quittent le parti pour fonder le Nationaldemokraterna. Par la suite, Jimmie Åkesson et trois autres jeunes militants du SD vont organiser une sorte d’OPA sur la direction de ce parti. Ils réussissent leur coup en 2005; Åkesson devient le président des Démocrates suédois. Sous sa férule et celle de ses trois autres compagnons, le SD va devenir dès 2010 une formation qui compte dans le paysage politique suédois en entrant au parlement avec 20 sièges. Le parcours de Jimmie Åkesson rappelle celui de Marine Le Pen à la tête des frontistes français. Le jeune président multiplie les efforts pour couper les ponts avec le passé brunâtre du SD, même si, parfois, certains de ses militants regimbent. Comme la présidente du FN, Åkesson va bouleverser le programme économique de son parti. Jusqu’alors partisans de l’ultralibéralisme, les Démocrates suédois défendent aujourd’hui les acquis sociaux de l’Etat-providence, création de la socialdémocratie. Mais ces acquis sociaux doivent rester l’apanage des Suédois, d’où le rejet de l’ «immigration de masse». S’il est euroméfiant, le SD n’a pas fait de l’Union européenne le centre de ses préoccupations. Il faut dire que la Suède ne fait pas partie de la zone euro et que son engagement au sein de l’Union n’est pas d’un activisme frénétique.

PARTI NÉERLANDAIS DE LA LIBERTÉ

Geert wilders, Parti néerlandais de la liberté © Keystone / AP / Peter Dejong / mai 2014

Pays: Pays-Bas. Figure de proue: Geert Wilders (51 ans). Orientation politique: national-libéral. Nombre de sièges au parlement national: 12 sur 150.

Filiation historique et idéologique: Le PVV (Partij voor de Vrijheid—Parti de la Liberté) ne porte aucun héritage fasciste ou lié à l’extrême droite des années 1920-1940. Son origine fort indirecte serait plutôt à chercher dans les formations conservatrices et libérales de l’entre-deux-guerres. Après la Libération, cette droite classique et nullement extrémiste s’est incarnée dans le PvdV, reconstruit en 1948 sous le nom de la grande formation libérale actuelle, le VVD (Volkspartij voor Vrijheid). Geert Wilders appartenait à ce parti, dont il était l’un des députés au parlement néerlandais (chambre basse), avant d’en démissionner pour créer le PVV en 2006.

Programme: Ce parti est particulièrement attaché à la personne de Geert Wilders, qui a fait de sa chevelure peroxydée le panache blond de sa propagande. Le PVV se montre très agressif vis-à-vis de tout ce qui a trait à l’islam. Wilders a demandé l’interdiction du Coran aux Pays-Bas, livre qu’il compare à Mein Kampf. Ce qui lui a valu maintes menaces de mort. D’ailleurs en juin 2011, excipant de risques sécuritaires, la commune de Savièse avait refusé la venue de Geert Wilders qui devait y rencontrer l’UDC Oskar Freysinger. Autre point commun avec les autres partis nationalistes, le PVV ne cache pas ses intentions de «détruire de l’intérieur», le «monstre de Bruxelles». Le mouvement de Wilders exige que les Pays-Bas quittent l’Union européenne et abandonnent l’euro pour retourner au florin, l’ancienne monnaie nationale. En revanche, le PVV ne se trouve pas du tout sur la même longueur d’ondes que ses alliés européens concernant les moeurs et les sujets de société. Défenseur farouche de la laïcité et de la liberté individuelle, Geert Wilders est partisan du mariage homosexuel qui a été adopté aux Pays-Bas dès 2000. C’est d’ailleurs grâce aux voix du PVV que le 15 novembre 2011, une loi contraignant les employés municipaux à célébrer les mariages gay a été votée par le parlement néerlandais. Jusqu’alors les dits employés pouvaient se soustraire à cette mission, si elle heurtait leur opinion. Ce libéralisme sociétal s’accompagne d’un libéralisme économique qui n’a pas grand-chose à voir avec le programme du Front national français. Professeur à l’Université de Liège, Jérôme Jamin décrit ainsi Wilders: «Il parvient à articuler son rejet de l’islam dans un registre quasi progressiste et laïc. Il brouille l’analyse. Il utilise par exemple les vieilles idées de l’égalité homme-femme, de défense de la liberté d’expression, contre l’islam.»

PARTI NATIONAL SLOVAQUE

Jan slota, parti national slovaque © keystone / ap / petr david josek / archives.

Pays: Slovaquie. Figure de proue: Ján Slota (61 ans). Orientation: national-social-conservateur. Nombre de sièges au parlement national: 9 sur 150.

Filiation historique et idéologique: Le Parti national slovaque (Slovenská národná strana-SNS) a été créé en décembre 1989, lorsque la Révolution de velours a mis fin à 41 ans de communisme en Tchécoslovaquie. Le SNS revendique l’héritage d’un parti nationaliste slovaque créé en 1871. S’il n’a pas de filiation directe avec les organisations fascistes de l’entre-deux-guerres, le SNS, par la voix de son président Ján Slota, a célébré la mémoire de Monseigneur Jozef Tiso – «l’un des plus fils les plus glorieux de la nation slovaque» – qui a été l’allié de Hitler lorsqu’il a présidé l’éphémère Etat slovaque durant la Seconde Guerre mondiale.

Programme: la rhétorique du SNS est celle d’un parti conservateur, catholique tendance traditionnaliste, xénophobe, voire raciste mais soucieux de préserver une politique sociale de bon niveau. Il a d’ailleurs participé à un gouvernement social-démocrate de 2006 à 2010. Le SNS réserve ses attaques les plus virulentes à la minorité hongroise (10% de la population slovaque) ce qui le place en opposition avec le parti ultranationaliste hongrois Jobbik. Les Roms constituent également leur cible favorite. Sur le plan européen, le SNS proclame son souverainisme et propose l’instauration d’une seconde Chambre au Parlement européen dans laquelle chaque État disposerait d’un droit de véto sur tous les sujets entamant sa souveraineté nationale. Toutefois, il est apparu en perte de vitesse à l’issue du scrutin européen et n’est pas parvenu à élire un eurodéputé.

VLAAMS BELANG

gerolf annemans, vlaams belang © keystone / ap / geert vanden wijngaert / archives.

Pays: Belgique (Flandres). Figures de proue: Gerolf Annemans (photo) (55 ans) — et Filip Dewinter (52 ans). Orientation: séparatiste xénophobe. Nombre de sièges au parlement national: 12 sur 150.

Filiation historique et idéologique: La revendication pour une meilleure prise en compte des intérêts flamands au sein de la Belgique a été incarnée, après la première guerre mondiale, par divers mouvements. Le plus important fut le Vlaams National Verbond (VNV) qui visait la transformation du Royaume en un État fédéral. Sur les autres sujets, le VNV campait sur des positions d’extrême- droite et usaient de slogans antisémites pour diffuser sa propagande. Sa participation à la politique de Collaboration avec l’occupant nazi lui sera fatale à la Libération. Le mouvement flamand reprendra des forces en 1954 avec la Christelijke Vlaamse Volksunie qui se transforme en Volksunie (VU) réunissant divers courants conservateurs, tout en restant ancré dans le catholicisme. En 1971 et 1977, des dirigeants de l’aile extrême-droite de VU feront scission, estimant que Volksunie mène une politique trop modérée. Ils créeront le Vlaams Volkspartij et le Vlaams Nationalepartij. Ces deux mouvements fusionnent en 1978 pour fonder le Vlaams Blok. Celui-ci doit changer de nom en 2004, afin d’éviter des poursuites pour racisme, et s’appelle désormais Vlaams Belang (VB). Plusieurs médias belges ont dénoncé les liens qui ont été tissés entre le VB et l’organisation néonazie flamande Vlaamse Militante Orde (VMO).

[su_quote]Le VB est l’un des grands perdants de l’élection européenne et n’aura pas d’eurodéputé.[/su_quote]

Programme: le Vlaams Belang milite pour la séparation de la Flandre et la création d’un Etat flamand indépendant. Celui-ci serait membre de l’Union européenne, pour autant que celle-ci devienne une simple confédération d’Etats pleinement souverains. Le VB mène de virulentes campagnes contre les francophones, ce qui va rendre plutôt sportives ses relations avec les «franquillons» frontistes de Marine Le Pen. Acceptera-t-elle que la culture française dont elle se fait la Jeanne d’Arc, soit vouée aux gémonies par le VB? Mais ce parti flamand ne réserve pas ses haines qu’à la francophonie. Il revendique haut et fort son islamophobie et sa politique contre les immigrés. Sur les problèmes dits de société, le Vlaams Belang défend les positions du catholicisme conservateur; il s’oppose à l’avortement, à l’euthanasie, au mariage gay et prône le retour à la famille telle qu’elle était jadis. Le VB est l’un des grands perdants de l’élection européenne et n’aura pas d’eurodéputé. Il s’est fait tailler des croupières par le NVA, indépendantiste flamand mais d’orientation nettement libérale.

 

PARTI AUTRICHIEN DE LA LIBERTÉ

heinz-christian strache, parti autrichien de la liberté © keystone / apa / georg hochmuth / février 2014.

Pays: Autriche. Leader: Heinz-Christian Strache (45 ans). Orientation politique: national-libéral. Nombre de sièges au parlement national: 40 sur 183.

Filiation historique et idéologique: En 1945, 600 000 Autrichiens appartenaient encore au parti nazi selon l’historien américain Evan Burr Bukey (700 000 d’après le journaliste trotskiste autrichien Boris Jezek). Une fois leur parti interdit dans l’Autriche occupée par les Alliés, les anciens nazis se sont regroupés dans une formation qui acceptait les canons de la démocratie libérale, le VdU (Fédération des Indépendants). Minée par des conflits internes, cette Fédération des Indépendants éclate entre la faction nazie — emmenée par l’ancienne gloire de la Luftwaffe Gordon Gollob et l’aile libérale. Sur ses décombres, est créé en 1956, le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs), le Parti autrichien de la Liberté. Les anciens nazis dominent la direction de cette nouvelle formation mais sans défendre les positions politiques de l’extrême droite. Le FPÖ cherche alors à se donner une image de parti de centre-droit, comme les libéraux allemands du FDP. En 1983, puis en 1986, le FPÖ devient même le partenaire des sociaux-démocrates au gouvernement fédéral autrichien. Après le retour du parti dans l’opposition, le jeune Jörg Haider prend la tête du FPÖ en 1986, lui fait abandonner son masque centriste et lui réimprime une orientation nationaliste; Haider tient même des propos aux relents antisémites et se montre fort compréhensif envers le troisième Reich et les Waffen- SS. Il triomphe aux élections de 1999 et forme un gouvernement avec les conservateurs catholiques (ÖVP), ce qui provoque un scandale en Europe. Mais les querelles internes, qui sont une constante du FPÖ, amènent Haider (qui décèdera en 2008 dans un accident de la route) à quitter le parti pour fonder le BZÖ (Alliance pour l’avenir de l‘Autriche). Toutefois le FPÖ demeure aujourd’hui la principale formation nationaliste autrichienne. Sous la direction de Heinz-Christian Strache, ce parti semble prendre exemple sur l’UDC suisse en matière de xénophobie et a banni l’antisémitisme de ses discours, même si ça et là, le naturel revient au galop.

Programme: le FPÖ mène une campagne active contre l’islam et utilise souvent les méthodes de propagande de l’UDC, notamment celle contre les minarets. Cette islamophobie se double d’une turcophobie virulente. Il veut imposer, à la manière des frontistes français, la «préférence nationale» et la sortie de l’euro. Le FPÖ défend des positions économiques à la fois libérales et protectionnistes. Libérales à l’intérieur des frontières autrichiennes et protectionnistes au-dehors. Le rôle de l’État est avant tout celui d’un gardien de l’ordre. En cela, le FPÖ diffère du Front national qui voit dans l’État un acteur économique majeur.