Six spectaculaires scandales de corruption en Suisse

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Publié le 22 septembre 2014

Le pays a vu éclater bien des affaires retentissantes. Voici le «best of» de la rédaction.

[dropcap]1[/dropcap] En janvier dernier, le TagesAnzeiger dévoile que le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) a surpayé, de 2009 à 2011, les factures d’une entreprise d’informatique, engagée sans appel d’offre, pour une valeur globale de 26 millions de francs. En contrepartie, le chef de service du Seco signataire du contrat a obtenu des places VIP pour des matchs de foot et des entrées pour des concerts. L’Administration fédérale des finances n’y avait vu que du feu, malgré les alertes lancées par un expert, depuis 2005, sur les relations étroites que le responsable du Seco entretenait avec l’entreprise d’informatique. Face aux atermoiements du contrôle interne, un whistleblower a décidé d’informer le TagesAnzeiger.

[dropcap]2[/dropcap] Durant quinze ans, le chef des placements de la caisse de pensions BVK, à Zurich, avait géré un complexe schéma de corruption profitant de sa position: une connaissance de ce cadre supérieur de la BVK fondait une société et ce dernier veillait à ce que la caisse de pensions en achète des parts généreuses ou lui attribue des mandats lucratifs. En contrepartie, il touchait à titre personnel des gains réalisés par les sociétés respectives de ses complices. Entre 1995 et son arrestation en 2010, il a empoché 1,2 million de francs. À cause de placements peu judicieux, il a fait perdre des dizaines de millions à BVK. En 2012, le responsable a été condamné à six ans et neuf mois de prison en première instance par le Tribunal de district de Zurich. Le procès en deuxième instance a commencé en juin dernier. L’ancien haut fonctionnaire devrait être jugé une nouvelle fois cet automne.

[dropcap]3[/dropcap] Fin 2013, un scandale éclabousse la brigade des moeurs de la police municipale zurichoise. Des agents de cette brigade ont bénéficié de prestations sexuelles gratuites et accepté des repas bien arrosés offerts par des proxénètes. En échange, ils ont fourni des informations confidentielles et prévenu le milieu des descentes que leurs collègues s’apprêtaient à effectuer dans les quartiers chauds de Zurich. Deux policiers ont été licenciés avec effet immédiat, trois autres ont été mutés, avec une réduction de salaire. Un autre collaborateur a été placé dans un commissariat de quartier. Six policiers issus du même service, sur les 17 agents que compte la brigade des moeurs de la police municipale zurichoise, se sont ainsi retrouvés sous le coup d’une enquête pénale pour des faits remontant à l’automne 2012.

[dropcap]4[/dropcap] Toujours à Zurich, les années 1990 ont été marquées par une retentissante affaire de corruption impliquant l’ancien chef du département de l’économie cantonale. Ce haut fonctionnaire a été inculpé pour avoir empoché entre 1,2 et 2 millions de francs pour la vente de patentes et autorisations de distribution d’alcool dont il était responsable à l’époque de la vague de libéralisation de ses activités dans son canton. En 1998, la justice a condamné ce haut fonctionnaire zurichois à une peine-amende de 200 000 francs. Mais celui-ci était déjà loin: il s’était envolé en Toscane, où il vit actuellement.

[dropcap]5[/dropcap] En 2001, la société de commercialisation de droits sportifs ISL, dont le siège est dans le canton de Zoug, fait faillite. De 1989 à 2001, ce partenaire commercial de la Fédération internationale de football (FIFA) avait versé des commissions pour un montant d’environ 138 millions de francs à des fonctionnaires sportifs, pour s’assurer les droits de diffusion des championnats du monde et des jeux olympiques. En 2007, le procureur accuse l’ancien vicedirecteur et cinq autres dirigeants d’ISL de détournement de fonds, fraude, faillite frauduleuse, dommages aux créanciers, entre autres infractions. En 2008, le vice-président et deux managers sont condamnés à des amendes tandis que les trois autres ont été acquittés. L’enquête a montré que des fonctionnaires de la FIFA s’étaient laissés corrompre par le versement de pots-de-vin se chiffrant à plusieurs millions. Dans cette affaire la justice suisse a été confrontée aux limites de son droit pénal. (lire aussi: Poursuivre la corruption d’office? La Suisse lance sa révolution pénale et «Une réforme cosmétique» ) Parmi les bénéficiaires se trouvaient les plus hauts dirigeants du football mondial. En particulier João Havelange, président de la FIFA entre 1974 et 1998 et membre du Comité international olympique (CIO), et Ricardo Teixeira, président de la Fédération brésilienne, du Comité d’organisation de la Coupe du monde Brésil 2014 et vice-président du Comité exécutif de la FIFA. Le Tribunal fédéral a autorisé en 2012 la publication d’un document de l’enquête attestant que João Havelange avait touché 1,24 million et Ricardo Teixeira 10 millions de francs.

[dropcap]6[/dropcap] En 2002, un ancien juge tessinois, décédé en avril dernier, avait été condamné à 18 mois de détention avec sursis pour corruption passive aggravée et violations répétées du secret de fonction. Il avait touché près d’un million de francs par un boss de la mafia napolitaine, Gerardo Cuomo. C’est le fameux «Ticinogate», une affaire de trafic de cigarettes orchestrée du Tessin, d’où le Napolitain recyclait les bénéfices, les cachant ensuite dans plusieurs paradis fiscaux où il avait constitué diverses sociétés. Selon la justice italienne, le clan gravitant autour de Gerardo Cuomo aurait géré entre 1996 et 2000 un trafic entre la Hollande, le Monténégro et les Pouilles, via la Suisse, portant sur un millier de tonnes de cigarettes par mois. En 2001, le mafieux napolitain a été expulsé du territoire helvétique.

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