«Il est plus difficile de lutter contre la corruption en Italie qu’en Suisse»

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[dropcap]L[/dropcap]e procureur général de la Confédération, Michael Lauber, était l’invité du Club suisse de la presse de Genève, le 8 septembre 2014, dans le cadre d’un Lundi de la Gouvernance consacré à la lutte contre la corruption. Il a répondu aux questions de La Cité. La volonté politique de combattre la mafia et la corruption existe-t-elle dans nos démocraties et plus particulièrement en Italie ou en France? Michael Lauber: La mafia et la corruption sont liées. En Suisse, il y a une volonté politique de lutter contre la mafia et contre la corruption. Mais il y a une double question: Comment? Et quelle est la réponse la plus adéquate pour la Suisse? S’agissant de la volonté politique en Italie¹ — et si je me base sur notre longue expérience avec ce pays pour lutter contre les phénomènes mafieux — la réponse est un double oui. Mais il est beaucoup plus difficile de lutter contre la mafia et contre la corruption en Italie qu’en Suisse, parce ce que la Péninsule est touchée différemment. C’est un phénomène social contre lequel il faut lutter de façon différente.

Avez-vous éprouvé des difficultés dans votre collaboration avec les autorités italiennes? Nous n’avons jamais eu de difficultés dans l’entraide judiciaire avec ce pays et lors des investigations conjointes. La question est plutôt liée à l’appréciation de ce que l’on fait sur le plan pénal dans les autres pays. Exemple de bonne coopération, celle que nous avons conclue dernièrement avec l’Italie; elle a abouti à l’arrestation de membres de la ‘ndrangheta (la mafia calabraise: ndlr) après enquêtes parallèles, et en Suisse et en Italie. Nos équipes d’investigations conjointes ont bien travaillé de concert. Nous avons notamment échangé cette fameuse vidéo qui a circulé sur internet. L’enquête pénale en Suisse a beaucoup aidé les investigations fouillées menées par les Italiens. Dans ce type d’enquête, nos voisins transalpins sont demandeurs. S’ils utilisent d’autres méthodes que les nôtres, je n’ai pas à les critiquer.

Quel est le degré d’indépendance des magistrats, notamment ceux chargés de la poursuite pénale? En Suisse et en ce qui me concerne, je suis indépendant du point de vue organisationnel. Je ne suis pas membre d’un parti politique. Chez nous, les procureurs sont responsables du début à la fin d’une enquête et jusque devant le tribunal. Cela augmente l’efficacité et l’indépendance du système judiciaire. Si je compare notre position au Ministère public de la Confédération suisse avec celle de mes collègues dans d’autres pays voisins en Europe, je peux dire que mon indépendance est plus grande que celle de mes collègues dans d’autres pays voisins.


  1. Lire également à ce sujet l’interview de Marco Travaglio, co-fondateur du quotidien Il Fatto Quotidiano: «Le devoir de l’État est de combattre la mafia, non de passer un accord avec elle»