«Plus une société est égalitaire, moins elle tolère les inégalités»

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Professeur de Sciences politiques à l’Université de Stockholm, spécialiste de la représentation politique des femmes, Drude Dahlerup analyse le phénomène du Parti F! Drude Dahlerup @DP

Comment analysez-vous les récents résultats électoraux de cette formation?

Drude Dahlerup: Aux législatives de 2006 et 2010, F! n’avait pas dépassé 1%. Récolter 3,1% aux dernières élections, c’est très positif. Bien sûr, les militants sont déçus de ne pas avoir franchi le seuil des 4% et d’être restés aux portes du Parlement suédois. Mais l’essentiel est ailleurs. F! est désormais représenté dans treize conseils municipaux à Stockholm, Göteborg, Malmö — les plus grandes agglomérations suédoises — mais aussi à Uppsala et Lund, deux villes universitaires. Dans toutes ces municipalités, la majorité aura besoin des féministes pour faire passer ses projets.

L’objectif des fondateurs du parti, c’est que toutes les questions politiques soient abordées à travers le prisme féministe. C’est très intéressant, et leurs nouvelles responsabilités locales vont les forcer à traduire cet idéal politique dans la vie quotidienne des gens. Que signifie, par exemple, adopter une approche féministe dans le domaine des transports à Stockholm? Ou dans la gestion de la petite enfance, à Malmö? Pas facile d’y répondre. Ces responsabilités vont permettre au parti d’avancer et de peser réellement dans la vie des électeurs.

Affiche du parti avec les têtes de liste pour les législatives. © Bérangère Le Petit

Pourquoi le féminisme est toujours d’actualité en Suède, un pays qui est pourtant l’un des plus égalitaires au monde?

Les débats autour de l’égalité entre les genres ont émergé dès les années 1960. Puis dans la foulée des mouvements de libération des femmes, nombre de militantes féministes ont investi les partis traditionnels, à droite comme à gauche. C’est un phénomène que l’on constate ailleurs en Scandinavie, mais pas dans le reste de l’Europe. Si bien qu’aujourd’hui, tous les partis politiques — à l’exception de l’extrême droite — se disent féministes, comme 47% des Suédois. C’est une idée largement partagée en Suède.

Nous en sommes fiers mais cela ne nous satisfait pas pour autant. Le peuple exige des actes de la part de ses représentants. Plus une société est égalitaire, moins elle tolère les inégalités. Aujourd’hui, en Suède, il y a un féminisme de gauche et un féminisme libéral, de droite. Les deux se confrontent et c’est très sain.

F! tient-il essentiellement à la personnalité de son emblématique dirigeante Gudrun Schyman? Peut-il lui survivre? C’est la grande question! Gudrun Schyman est la star du parti. Elle est très expérimentée et parfaitement à l’aise avec les médias. Mais F! est surtout constitué de trentenaires très enthousiastes et sans expérience. Après 2005, Gudrun Schyman s’est un temps retirée du parti et il a périclité. C’est quand elle est revenue aux affaires, qu’il a repris des couleurs. Donc les féministes ont intérêt à ce qu’elle reste longtemps en forme! De nouveaux leaders vont se former, émerger mais cela va prendre du temps.

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