La dernière «affaire» de Silvio Berlusconi passe par Lugano

© Alberto Campi / Milan / Archives

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Le Cavaliere fait à nouveau parler de lui. L’ancien président du conseil italien s’apprête à céder près de la moitié du capital de l’AC Milan. Une transaction entourée de zones d’ombre que la justice italienne entend éclaircir.

 

Federico Franchini
27 septembre 2015

C’est dans les locaux de la fiduciaire T&F Tax and Finance, via Bossi 6 à Lugano, que, le 8 juin 2015, a été établi un accord pour la vente de 49% de l’AC Milan au magnat thaïlandais Bee Thaechaubol. L’affaire fait aujourd’hui la une des principaux journaux italiens. Le quotidien la Repubblica lui a consacré deux articles, les 26 et 27 septembre, dévoilant l’ouverture d’une enquête par le Parquet de Milan. En suivant la piste de l’attribution des droits télévisés de la Serie A, la première division de football, à Sky Italia et Mediaset, les magistrats italiens auraient trouvé un lien avec la cession du FC Milan. Le dossier prendrait, du coup, une dimension pénale.

Après plusieurs exercices en rouge et des résultats sportifs en berne, la vente de 49% du capital était pourtant censée donner un peu d’oxygène aux rossoneri. «Mr. Bee» — surnom de l’homme d’affaire asiatique — dispose d’un délai à fin septembre pour réunir la somme nécessaire et conclure la transaction. Fort du soutien de fonds d’investissements et de banques asiatiques, il devrait verser un montant estimé entre 470 et 500 millions d’euros. Côté milanais, cet accord a été qualifié d’«excellente affaire». À tel point que Silvio Berlusconi lui-même a fait le déplacement à Lugano, dans les bureaux de la fiduciaire T&F Tax and Finance, pour signer le document. Il avait personnellement négocié les détails de la vente avec les fonds représentés par le magnat thaïlandais.

Jusqu’ici rien d’étonnant. Mais, comme le relève l’hebdomadaire italien l’Espresso, dans son édition du 3 septembre 2015, les dirigeants de T&F Tax and Finance — Paolo di Filippo, Gerardo Segat e Andrea Barone — ont été employés, il y a une vingtaine d’années, par la société londonienne qui gérait la galaxie offshore de l’ancien premier ministre italien. Une constellation de sociétés occultes tournant autour de Fininvest, société pivot de l’empire de Berlusconi, mise au jour par les magistrats de Milan. Ce qui a valu au Cavalierie une condamnation pour fraude fiscale en 2013, ainsi que la déchéance de son statut de parlementaire.

LONDRES, CENTRE OFFSHORE DU CAVALIERE

Le centre névralgique du système offshore du Cavaliere est à Londres. Dans un vieux bâtiment de Sceptre-House, près de Piccadilly Circus, siège de Edsaco, société spécialisée dans le conseil fiscal international, à l’époque contrôlée par UBS. En 1994, Edsaco avait absorbé la CNM de David Mills, l’avocat anglais qui a crée le système de sociétés offshore utilisé secrètement par Fininvest.

Comme l’a révélé l’Espresso, c’est justement pour Edsaco que travaillaient Paolo di Filippo, Gerardo Segat et Andrea Barone*, fondateurs de T&F Tax and Finance, un groupe détenant un portefeuille d’un milliers de clients et employant une centaine d’employés actifs dans des filiales établies dans les centres de la finance offshore: Lugano, Panama, Dubai, Luxembourg et Monaco. Aujourd’hui, De Filippo est basé à Londres, tandis que Segat et Baroni occupent, respectivement, les fonctions de président et membre du conseil d’administration de la filiale luganaise.

Or, ces trois vieilles connaissances de la Fininvest ont été mandatées par Mr Bee pour racheter la moitié du capital de l’AC Milan. Ce qui, comme le dévoile l’hebdomadaire italien, est très surprenant, car dans ce genre d’opérations, l’acheteur engage normalement un consultant n’ayant aucun lien avec la contrepartie. Ce qui ne fait qu’augmenter les doutes sur l’opacité de l’affaire à quelques jours de sa finalisation.

 

* Le 10 octobre dernier, les journaux italiens donnaient la nouvelle de son arrestation dans le cadre de l’enquête, dont «l’épicentre se trouve en Suisse», selon Il Fatto Quotidiano (cliquez ici)

 
EnquêteFederico Franchini