Le conflit FBI-Apple fait son entrée au Congrès

Amy Hess, directrice ajointe au FBI, lors de son audition devant le Congrès (capture d’écran)

Amy Hess, directrice ajointe au FBI, lors de son audition devant le Congrès (capture d’écran)

 

Le Federal Bureau of Investigation (FBI) a défendu, mardi 19 avril, devant le Congrès, le recours à des kackers professionnels pour craquer l’iPhone d’un tueur de masse. De son côté, Apple capitalise sur les soutiens politiques et de la Silicon Valley.

 

Fabio Lo Verso
20 avril 2016

Le FBI a posé, hier, un important jalon de sa nouvelle stratégie contre Apple. Après avoir payé des kackers pour déverrouiller le portable de Syed Faroork, l’un des auteurs du massacre de San Bernardino, l’agence fédérale a plaidé, devant le Congrès, en faveur du recours, au cas par cas, aux pirates informatiques pour contourner les protections des appareils mobiles.

La directrice adjointe de la division science & technologie du FBI, Amy Hess (photo), était chargée, mardi 19 avril, de défendre ce choix lors d’une audition au Congrès. Mais elle s’est heurtée au scepticisme de Diana DeGette, représentante du Colorado et présidente de la commission d’audition. «Je ne crois pas que le recours à un tiers soit un bon modèle», a-t-elle affirmé

«Nous avons vu, affaire après affaire de meurtre ou de kidnappings, trafic de drogue, fraude financière, vol de secrets industriels et exploitation des enfants, que des preuves essentielles provenaient de smartphones, d’ordinateurs, et de communications en ligne», a rétorqué Amy Hess. «De manière croissante, certaines technologies empêchent les forces de l’ordre d’accéder à ces preuves essentielles.»

Souvenez-vous, Apple avait refusé de livrer la clé du téléphone de Syed Faroork au FBI, prétextant qu’un tel outil aurait mis en danger la sécurité de tous les utilisateurs d’iPhone. Coup de théâtre, le 28 mars, l’agence fédérale abandonnait sa procédure pour forcer la firme de Cupertino à débloquer l’appareil. «Notre décision est fondée seulement sur le fait qu’avec l’assistance récente d’un tiers nous sommes maintenant capables de débloquer cet iPhone sans compromettre les informations dans le téléphone.»

Les pirates free-lance engagés par le FBI auraient découvert une faille dans le logiciel du téléphone et extrait uniquement les données incriminées, sans enfreindre la protection de la vie privée, dévoilait, le 12 avril, le Washington Post. Alors que la rumeur enflait sur l’intervention d’une start-up israélienne spécialisée dans l’extraction de données. Lors de son audition, Amy Hess n’a pas expliqué comment son agence avait réussi à craquer l’appareil du meurtrier de San Bernardino. La directrice ajointe a souligné que 13% des appareils confisqués depuis octobre par le FBI, pour les besoins de ses enquêtes, étaient impénétrables. Elle a dénoncé le chiffrement numérique comme un mur de protection des pires crimes.

Pris pour cible par le FBI, Appel fait actuellement l’objet d’une procédure à New York dans le cadre d’une affaire de drogue. Représentée par le Département de la justice, l’agence fédérale se sert d’un vieil outil juridique, le All Writs Act, pour contraindre la firme à coopérer. Datant de 1789, il permet à un tribunal d’exiger la collaboration d’une tierce partie (dans ce cas, Apple) en cas de force majeure et lorsqu’aucun autre outil juridique n’est disponible, rappelle le Journal du Geek, analysant les dessous du choc FBI-Apple.

Lundi 18 avril, la firme de Cupertino a rejeté les conclusions du FBI: «Le gouvernement a totalement échoué à s’acquitter de la charge de démontrer l’absolue nécessité de l’assistance d’Apple dans cette affaire — condition préalable à l’assistance d’une tierce partie en vertu du All Writs Act.» Selon le Journal du Geek, «l’enjeu de ce procès est tout autre que celui de San Bernardino. Il s’agit de créer un précédent judiciaire».

Ce conflit a pris une gigantesque ampleur aux États-Unis, forçant les candidats à l’investiture présidentielle à prendre position, relevait Le Monde du 14 avril 2016: «Le républicain Donald Trump a appelé ses partisans à boycotter les produits Apple dans un message publié depuis… son iPhone. Le démocrate Bernie Sanders a quant à lui posté un message sibyllin de soutien à la firme à la pomme.»
 
Au sein de la Silicon Valley, les géants technologiques se sont tour à tout rangés derrière Apple: Facebook, Google, Twitter, et même Microsoft, malgré les propos nuancés de son fondateur, Bill Gates, dans une interview au Financial Times. Début mars, Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, prenait également position en faveur d’Apple (lire notre article). Avant ses soutiens de poids, favorables à Apple, le 22 février, 51% de l’opinion publique américaine donnait, elle, raison au FBI, selon les résultats d’un sondage du Pew Reaserch Center.

 
Amy Hess, directrice ajointe au FBI, lors de son audition devant le Congrès (capture d’écran)

Amy Hess, directrice ajointe au FBI, lors de son audition devant le Congrès (capture d’écran)

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