La Suisse en pole position dans la course au Conseil de l’Arctique

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Les ministres des affaires étrangères des pays riverains de l’Arctique se réunissent aujourd’hui, 11 mai, en Alaska. Ils pourraient confirmer l’adhésion de la Suisse en tant que membre observateur du Conseil de l’Arctique. Selon le français Mikaa Mered, spécialiste de la région, parmi tous les pays candidats, Berne serait même le mieux placé.

 

Martin Bernard
11 mai 2017

La Confédération est fortement pressentie pour devenir membre observateur au Conseil de l’Arctique. Ce forum politique, où se déroule la bataille d’influence pour le sort de la région polaire, regroupe les huit «États Arctiques» —  Russie, Canada, Norvège, États-Unis (via l’Alaska), Danemark (via le Groenland), Suède, Finlande et Islande —, six communautés autochtones, et douze pays observateurs, dont la Chine, la France, la Corée du Sud ou l’Inde.

Les ministres des affaires étrangères des pays membres ont pris rendez-vous, le 11 mai, à Fairbanks, dans l’Alaska américain. L'occasion de s'expliquer, mais aussi d’entériner l’adhésion ou non des nombreuses candidatures au Conseil de l’Arctique. Vingt candidats se bousculent au portillon. Parmi eux, quatre pays, dont la Suisse, dix ONG et six organisations intergouvernementales.

En lice depuis 2015, la Confédération aurait de bonnes chances d’être acceptée dans ce cénacle très convoité. «Pour moi, il y a 75% de chances qu’elle y soit», avance le français Mikaa Mered, spécialiste de la région et enseignant associé en économie polaire à l’Université des sciences appliquées de Laponie. «Sur les quatre pays candidats, la Suisse est celle qui a le plus de chances d'être admise, car elle a le mieux montré son engagement scientifique, commercial et diplomatique dans le soutien aux activités polaires durant les deux dernières années

Contacté, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) suggère que la décision devrait être prise aujourd’hui. Son porte-parole souligne cependant que tout reste «ouvert», ne souhaitant pas se lancer dans des pronostics. Pour Mikaa Mered, «ce qui pourrait empêcher l'acceptation de la Suisse serait le fait que les huit États membres décident de repousser la décision à 2019, car il n'y a pas encore de consensus solide sur la politique à observer en matière de gestion de nouveaux observateurs».

 
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Intérêts stratégiques

La présence de la Suisse au pôle Nord peut surprendre mais, en réalité, le pays a une longue tradition dans la recherche scientifique polaire grâce à sa connaissance des glaciers alpins, comme l’écrivait par ailleurs La Cité en 2015*. Ainsi, le slogan «Suisse, un pays verticalement polaire» (Swiss, the Vertical Arctic) a été très bien compris et admis par les différents acteurs de l’Arctique.

La Confédération a déjà été impliquée «dans une cinquantaine de projets scientifiques internationaux en Arctique ces dix dernières années», indique la brochure officielle de candidature de la Suisse au Conseil de l’Arctique, rédigée par le DFAE. Au cœur de ces projets se trouvent l’étude de la circulation océanique, des calottes polaires, de la biodiversité et des écosystèmes, mais surtout la compréhension et la prédiction des évolutions du climat et de la circulation atmosphérique, «pouvant être de sérieux dangers pour le transport maritime et le forage pétrolier». L’inauguration en 2016 à l’EPFL du Swiss Polar Institute s’inscrivait dans cette dynamique.

Au-delà de la recherche, l’Arctique attise aussi les convoitises en raison de la grande quantité de ressources naturelles dont elle regorgerait. La Mer de Kara disposerait par exemple d’autant de pétrole que l’Arabie saoudite. La région serait aussi la première réserve mondiale d’uranium (métal stratégique pour le nucléaire), et la troisième de terres rares, dont les dix-sept métaux sont au cœur du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (ordinateurs, portables, écrans plats, etc.), et des technologies vertes (panneaux solaires, éoliennes, voitures électriques). L’ouverture, grâce à la fonte des glaces, de nouvelles routes maritimes permettrait également de réduire de plus d’un tiers la distance entre l’Asie et l’Europe.

* Le Grand Nord devient le nouvel enjeu majeur pour le monde et la Suisse, par Martin Bernard, La Cité / Juin 2015.