Envahie par les eaux, l’île de Cap Cameroun en voie de disparition

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Au large de la partie continentale de l’île Cap Cameroun se dresse une antenne relais de communication. Installée sur la terre ferme, il y a douze ans, elle est en passe d’être engloutie par la mer.

20 novembre 2015

[dropcap]L[/dropcap][dropcap]’[/dropcap]île de Cap Cameroun figure depuis plus de dix ans parmi les zones côtières fortement menacées. En 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) notait une grande variation locale du niveau de la mer pour le cas du Cameroun (entre 0 et 5 cm). En 2008, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) constatait une augmentation des précipitations, particulièrement dans le nord du pays (- 6 % à + 26 % en septembre, octobre et novembre) ainsi qu’une élévation du niveau de la mer.

Pour ne rien arranger, le bois de la mangrove est utilisé par les pêcheurs pour fumer et conserver le poisson. «Avec la fonte glacière, le niveau d’eau augmente et ne peut plus être contrôlé. Les populations ont détruit de façon abusive le bois de la mangrove censé briser la puissance des vagues et freiner la progression des eaux vers la terre ferme. Aucun obstacle ne retient plus les vagues», affirme l'environnementaliste Eugène Manga. Steve, un jeune habitant de l’île, explique l’attitude de la population: «Nous sommes conscients que notre activité affecte la situation de cette île. Mais nous sommes obligés de couper le bois de la mangrove pour construire les maisons et pour fumer le poisson.»

Des femmes de l’île de Manoka se préparent pour les travaux champêtres

Le sous-préfet du 6e arrondissement de Douala, Armstrong Voh Buikame, rappelle fréquemment ses habitants à l'ordre. «Même les petites tiges de bois de la mangrove ne doivent plus être coupées. Elles offrent des possibilités d’aménagement car, à long terme, il faudra reboiser», explique-t-il.

En effet, la superficie des mangroves camerounaises diminue au fil des années. En 2005, le Ministère de l’Environnement évaluait la perte des terres liée aux inondations à environ 4959 hectares pour une élévation de 20 cm du niveau de la mer, soit 4,5 % de la surface totale des mangroves. Dans ses travaux publiés en 2011, l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques) précisait que le Cameroun était très vulnérable aux conséquences des changements climatiques.

Un site sinistré sur la côte de Cap Cameroun. © Madeleine Ngeunga

Pour sa part, l’Institut national de la statistique du Cameroun (INSC) affirmait, à la même époque que les inondations dans les régions côtières constituaient une menace sérieuse pour la production des céréales. Selon les experts, l’évapotranspiration pourrait causer la diminution des réserves d’eau de surface et la détérioration de la qualité des eaux souterraines. À la recherche d’eau et de terres cultivables, les populations migrent vers d’autres parties du pays, comme l’île de Manoka.

Bien que la montée des eaux provoque aussi l’érosion des côtes sur l’île de Manoka, située à quelques kilomètres de Cap Cameroun, divers projets sont mis en place pour éviter un problème écologique. Depuis trois ans, par exemple, le projet «Forêts communautaires de Mangrove» de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est expérimenté. Il consiste en une forêt conventionnée en zone humide, d’une superficie comprise entre 1000 et 5000 hectares, où l’État et la communauté locale développent ensemble des activités agricoles ou l’élevage. Pour éviter un problème écologique, la FAO a envisagé d’amener les populations à se tourner vers la conservation de la mangrove en développant des activités alternatives comme le projet « Forêt communautaire de Mangrove de Manoka.»

Un village sinistré suite aux inondations. © Madeleine Ngeunga

Ce projet dirigé par Eugène Manga a démarré en 2013. Une forêt de 2 700 hectares, composée d’un milieu humide et d’un espace sur la terre ferme, a pour double objectif la conservation et la gestion durable des ressources halieutiques et forestières. «Avec les populations, nous envisageons d’y développer des activités alternatives telles que l’aquaculture, la pisciculture, l’agriculture et l’écotourisme. Les populations pourront donc développer l’emploi tout en préservant l’environnement», explique Eugène Manga.

Le combat est loin d’être gagné car, selon une étude de l’association « La Mangrove », la mer avance chaque mois de 53 centimètres sur les côtes de l’île de Manoka.

La mangrove préservée de l’île de Manoka. © Madeleine Ngeunga


Cet article a été conçu dans le cadre du concours de reportages #Voices2Paris du PNUD. Remerciements à Catherine Fiankan, journaliste freelance pour @France24 et à @LaCité pour le suivi et le développement de l'article de Madeleine Ngeunga.