Le rêve de Vladimir, de la conspiration à la révolution

© O. Hong Soak

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La ténacité d’un homme et d’une femme peut-elle changer le monde? Elle peut assurément y contribuer, comme le démontre Le rêve de Vladimir, pièce écrite et mise en scène par le Genevois Dominique Ziegler, retraçant le parcours de Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, père de la révolution d’Octobre, dirigeant méthodique et souvent colérique, secondé par son indéfectible épouse Nadejda Krupskaïa, qui le suivra dans sa marche vers le pouvoir et dans ses exils. Une œuvre où se mêlent habilement passion, rébellion, révolution et désillusions.

 

Luisa Ballin
30 octobre 2017

1923. Un homme âgé et malade est assis sur une chaise spartiate dans une clinique de Vichnie Gorki, dans la région de Moscou. Le malade se nomme Vladimir Ilitch Oulianov, surnommé Lénine. Il tend une missive à son épouse Nadejda Kroupskaïa en émettant un faible son: à Trotski… Mais un préposé à la santé en blouse blanche arrache la lettre des mains de la compagne du malade. «Camarade, donne-moi ça. Tu enfreins les ordres du Comité central. Toutes les correspondances sont interdites au camarade Lénine, ça le fatigue!»

La femme proteste. En vain. L’homme à la blouse blanche poursuit: « Le secrétaire général Staline a été formel. Le corps des médecins aussi. Plus de travail pour Lénine. Il faut le ménager.» La compagne de Lénine insiste. «Il a besoin de transmettre ses analyses aux camarades. Vous ne pouvez pas lui enlever ça.» L’homme se fait plus menaçant: «Tu es en train de le tuer, camarade. Cesse immédiatement tes manœuvres ou je serai obligé de t’interdire de… ». Lénine écoute ce dialogue, toujours immobile, de plus en plus blême, il lâche un râle et s’écroule.
 
Que contenait la lettre? Que se serait-il passé si le message de Lénine était parvenu à Trotski? L’histoire de l’Union soviétique aurait-elle été différente? Et par extension celle du monde?

 
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L’Histoire. Celle de la Russie, marquée par la volonté inflexible d’un avocat quasi inconnu, profondément marqué par la pendaison quelques années auparavant de son frère aîné Alexandre, étudiant opposé au tsar, mis à mort par la police de celui-ci. Le jeune Vladimir décidera de continuer le combat de son aîné. «Par d’autres moyens», dira-t-il. En s’appuyant notamment sur l’union et la révolte des ouvriers de toutes les Russies, avec en point de mire la lutte des classes théorisée par le philosophe allemand Karl Marx.

Le rêve de Vladimir évolue dans une scénographie originale signée Robert Nortik, rythmée par des encadrements coulissants évoquant l’art du réalisme soviétique, et soutenue par une succession de photos et d’images d’archives savamment orchestrées par des sons et un faisceau de lumières alternant clair et obscur pour relater les années de formation et de conspiration avant d’arriver à la révolution. En passant par les temps d’errance et d’exils successifs de Lénine à Genève, Berne, Zurich ou Londres, soutenu par celle qui fut son plus proche compagnon de route et de lutte, Nadejda Kroupskaïa. Croisant dans le feu de l’action Trotski, Staline, un imprimeur agitateur et, dans ses souvenirs, son frère et sa mère.

 
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Lénine. Bienfaiteur de l’humanité ou fossoyeur d’idéaux et de masses? Assurément l’un des hommes les plus importants du XXe siècle. Géniteur, certains diront dictateur, d’une révolution qui changera la géopolitique du monde.

Didactique et prolifique, la pièce de Dominique Ziegler évoque les temps forts de la destinée de Lénine en passant volontairement sous silence les fulgurances de vie intime de l’homme de la Léna, voué corps et âme à la Révolution et mû par un désir ardent de grand soir universel. «La vie de Lénine a été riche en rebondissements. J’ai privilégié les grands faits qui ont marqué l’Histoire et son histoire, pour sensibiliser notamment les jeunes qui, je l’espère, viendront nombreux voir la pièce. Si j’avais ajouté des moments de sa privée, le rêve de Vladimir aurait été trop long», explique le dramaturge genevois à La Cité.

Servi par un quatuor d’acteurs et une actrice de talent, polyvalents et tous très en forme dès le soir de la générale, Le rêve de Vladimir, imaginé par Dominique Ziegler et produit par Les Associés de l’Ombre, plonge le spectateur dans une réalité bolchévique qui cent ans plus tard continue d’intriguer et d’interpeller écrivains, historiens, partisans, détracteurs et autres citoyens sur l’action de Lénine.


le rêve de Vladimir


Texte et mise en scène
Dominique Ziegler

Avec
Julien Tsongas,
Olivier Lafrance,
Yasmina Remil,
Simon Labarrière
et Pierre-Benoist Varoclier.


Jusqu’au 19 novembre 2017
Mardi et vendredi: 20h30
Mercredi, jeudi, samedi, dimanche: 19h00


Théâtre Alchimic
10, avenue Industrielle
Carouge-Genève

www.alchimic.ch

www.dominique ziegler.com

 

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Art & CultureLuisa Ballin