À peine dévoilé, le Pôle muséal de Lausanne étale ses défis à venir

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Le projet des architectes portugais Manuel et Francisco Aires Mateus remporte le concours international pour compléter le futur quartier des musées à proximité de la gare. Devisé à 183 millions, il pourrait sortir de terre à l’horizon 2020.

 

Lucy Isler
6 octobre 2015

Primé à l’unanimité du jury pour sa «force, cohérence et luminosité», le projet d’architecture des frères Aires Mateus réunira deux musées sous un seul toit: le Musée cantonal de la photographie (musée de l’Élysée) et le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac). Le premier en sous-sol et le second au premier étage. L’ensemble «s’intégrera et respectera parfaitement le site», a souligné le conseiller d’État Pascal Broulis à la proclamation du résultat, lundi 5 octobre 2015, au Palais de Beaulieu à Lausanne.

Un musée, deux musées,... trois musées au total! Avec le projet retenu des architectes espagnols Barozzi et Veiga pour le Musée cantonal des beaux-arts (mcb-a), devisé à 83 millions, le plan d’aménagement du site est désormais entièrement dévoilé. «Sa particularité sera la mise en synergie de trois disciplines — la photographie, les arts plastiques et le design — sur un seul site pour la création d’un quartier des arts unique», souligne Chantal Prod’hom, présidente du conseil de direction du Pôle muséal et directrice du Mudac.

Reste encore à trouver les fonds pour cette deuxième phase. Estimée à 100 millions de francs, la construction prévoit d’être financée à hauteur de 40 millions par l’État de Vaud, 20 millions par la Ville de Lausanne et, enfin, 40 millions par des dons privés, calcule Pascal Broulis, conseiller d’État chargé du département des finances. Le projet doit d’abord être décliné dans ses étapes de réalisation avant qu’une enveloppe ne soit demandée au Parlement vaudois. Olivier Steimer, président de la fondation de soutien au Pôle muséal et président du jury, se dit «confiant» quant à la participation de mécènes privés et institutionnels, mais «aussi de grandes entreprises». À l’arrivée, le Pôle muséal coûtera dans son ensemble 183 millions.

«La construction de la deuxième phase suivra celle du Musée cantonal des beaux-arts», a précisé Anne-Catherine Lyon. À savoir, entre 2017 et 2020. La conseillère d’État s’est réjouie de voir sortir de terre lesdeux édifices qui, de fait, doubleront la surface actuelle des trois musées concernés. Une opportunité unique pour la «conservation et la mise en valeur de leur patrimoine culturel», a-t-elle affirmé. La réunion d’œuvres d’art sur un seul site pourrait, selon elle, attirer jusqu’à 250 000 visiteurs par année. Soit un peu plus du double qu’aujourd’hui pour les trois musées réunis.

Après le 29 juin 2010, date à laquelle le Grand Conseil vaudois a accordé 13,8 millions de francs pour les projets de réhabilitation, le Pôle muséal s’est attiré de nombreuses oppositions. En octobre 2012, dix-huit dossiers sont déposés contre le projet d’affectation du Musée cantonal des beaux-arts. 14 d’entre eux émanaient de particuliers, 4 d’associations. Juin 2014, ce sont 186 oppositions qui font obstacle à la mise à l’enquête du bâtiment, dont une opposition collective de 145 signatures. En mai 2015, les riverains opposés aux projets finissent perdants au Tribunal cantonal. Ils saisissent alors le Tribunal fédéral en juin, tout en voyant les CFF entamer le chantier — un mois avant la date officielle du début des travaux.

Aujourd’hui, la réalisation de cette première étape reste bloquée à la décision des juges de Mon-Repos. Quant à la deuxième, des oppositions au permis de construire restent possibles. Ce qui pourrait retarder le projet de «18 à 24 mois», a commenté le syndic de Lausanne, Daniel Brélaz. Les ambitions du Canton et de la Ville sont grandes. Ex-quartier industriel, la reconfiguration complète de la parcelle de 22 000 m2 derrière la gare (image ci-après) promet de devenir un «espace culturel unique en Suisse».

 
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