Plus de femmes en politique, plus de femmes au travail?

 

Trois questions à Roland Pfefferkorn, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg et spécialiste incontesté des questions de genres et rapports sociaux de sexe. Interview audio.

 

William Irigoyen
30 octobre 2015

Née il y a 52 ans à Oświęcim, ville plus connue sous son nom allemand d’Auschwitz, Beata Szydlo va devenir, selon toute vraisemblance, la prochaine cheffe du gouvernement polonais. La vice-présidente du parti Droit et Justice (PiS) a confirmé, mardi 27 octobre, qu’elle était candidate à ce poste. Il y a encore quelques années, une telle annonce aurait apporté son lot de commentaires en tout genre, y compris, malheureusement, les plus machistes.

Reconnaissons qu’aujourd’hui, pareille nouvelle semble presque banale. Est-ce à dire que les temps ont changé, que la parité règne enfin dans le monde politique? Assurément non. Mais il est désormais loin le temps où Margaret Thatcher se retrouvait bien seule au milieu d’une meute de confrères masculins lors de réunions internationales. Les années ont passé et sont arrivées sur la scène politique l’Allemande Angela Merkel, l’Argentine Cristina Kirchner, la Chilienne Michelle Bachelet, la Brésilienne Dilma Roussef, l’Islandaise Jóhanna Sigurðardóttir, la Danoise Helle Thorning-Schmidt... pour ne citer qu’elles.

LA POLITIQUE SE FÉMINISE, MAIS DOUCEMENT

Attention toutefois aux images en trompe-l’œil comme le souligne le sociologue français Roland Pfefferkorn¹: sous nos latitudes européennes la politique se féminise donc mais doucement (son interview audio ci-dessous). Il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour faire changer les mentalités. La France est un «bon» exemple en la matière. Elle a attendu 1945 avant de donner le droit de vote aux femmes. Les Françaises peuvent se prononcer pour tel ou tel choisir un bulletin en fonction de leurs convictions mais l’Assemblée nationale n’est pas devenue pour autant un bastion féminin.

 
 

En consacrant il y a quelques mois un livre² aux hommes, maris, partenaires ou conjoints de femmes politiques hexagonales célèbres (et non l’inverse), Bérengère Bonte, journaliste à Europe 1 prend acte d’un changement notable dans son pays. Pour paraphraser John Fitzgerald Kennedy, Louis Alliot serait donc moins connu comme numéro deux du Front National que comme «l’homme qui accompagne» Marine Le Pen dans sa vie personnelle et politique. Jean-Louis Brochen en serait presque réduit à être l’ombre masculine de Martine Aubry, maire de Lille. Quant à Jean-Pierre Philippe il serait devenu, peut-être à son corps défendant, «Monsieur» Nathalie Kosciusko-Morizet.

Notre consœur a tenté de comprendre comment ces hommes vivaient un anonymat relatif quand leurs célèbres moitiés attiraient à elles seules toute les lumières de la notoriété. En résulte une enquête assez savoureuse, truffée d’anecdotes dont il s’agira, à l’avenir, de vérifier qu’elle souligne un changement de société. Convenons qu’il est grand temps que cette dernière évolue. Comme le rappelle en effet une eurodéputée citée dans le livre: «Une femme doit toujours prouver à quel point elle travaille pour l’intérêt général.» Et d’ajouter: «Nous les femmes, on a toujours l’impression qu’on est redevable d’avoir ce mandat, qu’on doit rendre des comptes.»

L’auteure montre que la langue doit porter ce changement. Ainsi serait-il grand temps d’enterrer une bonne fois pour toute l’expression de «prince consort». Jusqu’à présent, l’autorité était transmise par les hommes (un héritage de la royauté). Il nous faut désormais trouver un équivalent féminin. Et Bérengère Bonte de suggérer le mot de «parèdre», «du grec ancien parédros, qui signifie littéralement 'assis à côté de'». Pour aller plus loin sur la question des femmes au travail, j’ai voulu rencontrer Roland Pfefferkorn, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg et spécialiste incontesté des questions de genres et rapports sociaux de sexe. Voici son interview audio en trois temps.

1.  Auteur de Genre et rapports sociaux de sexe, Lausanne, Éditions Page Deux, Collection Empreinte, 2012. Pour plus d’informations: http://sspsd.u-strasbg.fr/Pfefferkorn.html

2. Bérengère Bonte, Hommes de..., Éditions du Moment.

 

 
 Le sociologue français Roland Pfefferkorn © DR

Le sociologue français Roland Pfefferkorn © DR

Question N°1 : Une féminisation grandissante de la classe politique française conduit-elle à une féminisation du marché du travail dans son ensemble?

Question N°2 : Dans vos livres, vous écrivez que certains États pratiquent une politique «féministe» et d’autres une politique «familialiste». De quoi s’agit-il?

Question N°3 : Voués aux gémonies par certains, les théoriciens du genre n’ont-ils pas eu au moins un mérite: faire avancer la question du sexe au travail?